‹ Le rationnel, études complémentaires à l'Essai sur la certitude logiqueChapitre 14 sur 54 · Cf. V. Brochard, Les sceptiques grecs · texte numérisé non relu

Cf. V. Brochard, Les sceptiques grecs

d'un astre, l'exactitude d'une théorie? Non seulement Hipparque et Ptolémée ont employé tout naturellement la méthode expérimentale, mais ils l'ont fait dans l'ordre d'idées le plus propre, par son lien étroit avec les mathématiques pures, à réagii" à son tour efficacement sur leurs progrès. Et ce n'est pas d'ailleurs ce qui semble s'être produit. Ces deux hommes ont été de grands astronomes, mais ils paraissent n'avoir utilisé que des notions mathématiques antérieures ', et la mathématique pure, après leurs travaux d'application, n'a montré aucun regain d'éclat.

'■2° D'une façon générale on n3 niera pas que les Grecs ont observé, mais on tiendra à maintenir la distance qui sépare l'observation, si savante qu'elle soit, de l'expérimentation telle que nous l'entendons aujourd'hui. Mais laquelle de ces deux opérations se trouve donc la plus éloignée, par sa nature, des éléments logiques, rationalistes, qui semblent dominer l'intelligence des Grecs et lui donner sa tournure spéciale? N'est-ce pas évidemment l'observation, et même l'observation dans ce qu'elle a de plus simple, déplus primitif, de moins préparé, de moins attendu? Dès qu'elle est moins spontanée, qu'elle est tant soit peu provoquée, — à plus forte raison quand l'observation se revêt des règles de la méthode expérimentale la [)lus parfaite, n'est-elle pas inséparable de quelque idée (( priori, de quelque théorie? C'est là un point sur lequel il est devenu banal d'insister depuis « l'Introduction à la médecine expérimentale ». Il n'apparaît donc pas que l'incompatibilité doive se trouver aussi forte qu'on le dit entre les caractères essentiels de la méthode expérimentale et

1. Y compris la théorie des épicycles qui remonte au moins à Apollonius. — Cf. P. Taanery, liechcrc/ies sur l'astronomie ancienne.

l'orientation naturelle de la pensée hellène. A la rigueur, à propos de l'observation des faits imprévus, des phénomènes sans suite, sans raison, au moins provisoirement, nous comprendrions qu'on se posât la question de savoir si les Grecs étaient capables de les noter scrupuleusement, avec toute l'attention que doit le savant à tout phénomène constaté, quel qu'il soit. Mais ici justement, nous l'avons dit, aucun doute n'est possible : l'exemple d'un Aristote ne permet pas de dire que les Grecs n'aient pas su recueillir toutes les observations qui s'ofîraient à eux. On dira peut-être qu'il faut distinguer entre l'idée toute relative, toute provisoire, tout imprégnée du doute scientifique qu'un Claude Bernard réclame comme règle directrice de l'expérience, et les systèmes théoriques absolus, où l'esprit grec risquait de laisser se perdre toute sa liberté d'appréciation. On dira qu'il faut distinguer entre le caractère provisoire et seulement approché des théories qu'élaborent nos savants et l'idée de la science achevée et rigoureusement parfaite que se faisaient les Grecs. Gela est juste, et nous n'hésilons pas à reconnaître que c'est la conception relativiste qui s'adapte le mieux au développement et au progrès de la méthode expérimentale. Mais, d'abord on pourra remarquer que les efforts des sceptiques grecs ont certainement contribué à préparer cette conception relativiste ', — plus à nos yeux que n'était capable de le faire le fidéisme religieux du moyen âge. — Ensuite, et surtout, n'est-il pas évident que, si précieux que soit ce relativisme pour la formation de la méthode expérimentale, il ne lui était pas indispensable? Est-il vraiment nécessaire, pour que le physicien se livre à des expériences d'optique, que léther n'ait pas pour lui une existence assurée? Etait-il nécessaire, pour que Newton déterminât

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