‹ Le rationnel, études complémentaires à l'Essai sur la certitude logiqueChapitre 3 sur 54 · INTRODUCTION 1 S · texte numérisé non relu

INTRODUCTION 1 S

cette tendance qui produisit la déformation que l'on sait de la philosophie platonicienne dans la pensée d'Aristote, et amena le disciple à réagir contre l'idéalisme du maître. C'est elle aussi qui inspira plus d'une fois Kpicure. Toutes les barrières en etïet ne tombèrent pas devant son audace : il sut écarter les superstitions encombrantes, mais, le ciel une fois délivré de tous les fantômes que la terreur des hommes y avait entassés, Épicure en proscrivit rentrée au géomètre. Science vaine et inutile à ses yeux que les hautes mathématiques ! Illusion chimérique que le désir de l'homme de pénétrer les lois des phénomènes célestes à l'aide de ses figures et de ses nombres! Ainsi parla Epicure, très peu de temps avant Archimède, moins de cent ans avant Hipparque. — Notre siècle a eu lui aussi son Bacon, un Bacon rationalisé, pour ainsi dire, ayant forcément subi l'influence d'une solide éducation mathématique, et aussi de l'état de la science théorique vers laquelle il était préparé à tourner particulièrement ses regards, un Bacon quelque peu idéaliste par conséquent, au moins par la grande place qu'il fait à la science spéculative. Auguste Comte est bien par là dans les conditions mêmes où nous voulions qu'il se trouvât pour que sa consultation fût édifiante. Or que nous dit-il? S'il saisit la marque d'une certaine envolée de la pensée scientifique, il ne cesse jamais de voir dans ses conceptions les plus hautes de simples abstractions dégagées du monde concret, et, dans ses notions en apparence les plus éloignées de toute réalité sensible, des propriétés des choses directement fournies par l'expérience. C'est là à ses yeux la condition essentielle pour que l'idée ait droit de cité dans la science; à défaut de certains éléments de positivité, rappelant son origine concrète et sa signification réelle, elle devient une chimcrc. Et en somme le langage de Bacon ne s'est pas tellement modifié!

La chimère où sans cesse Aug. Comte craint de voir s'évanouir la pensée du savant, si elle dépasse certaines limites, c'est le fantôme, c'est Vidolum, c'est le spectre qui, dans toutes les directions, se dresse aux confins de la connaissance acquise, pour contenir l'idée dans sa marche audacieuse, et lui rappeler les bornes de Tintelligence humaine. Mais, en nous montrant ces fantômes, Bacon et jadis Épicure se sont trompés; Aug. Comte le sait bien. Nous donne-t-il décidément quelque critérium précis pour les reconnaître désormais? — Son attitude est celle qu'auront indéfiniment tous les Bacon de l'avenir, tous ceux qui se refusent à voir ce qu'il y a de créateur et de si originalement puissant dans la spontanéité de la pensée. Il fait deux parts dans l'ensemble que forment les théories rationnelles. L'une comprend toutes celles qu'un usage assez long déjà a consacrées, qu'on ne discute plus, qui ont acquis une place définitive dans ce qu'on nomme la science positive. Telles sont, par exemple, les notions qui ont formé, depuis le xviP siècle, la géométrie analytique, l'analyse infinitésimale, la dynamique rationnelle, la mécanique céleste. Il faut bien avouer que tout cela est de la bonne science, sauf à affirmer alors le rapport étroit, le lien direct et nécessaire qui unit toutes ces notions à la réalité sensible. Mais, presque dans chaque branche, les idées qui ont été si fécondes ont atteint les limites de leur efficacité, parce que, poussées plus loin, elles se dépouilleraient de conditions suffisantes de positivité, et, dans la deuxième part que l'on fait des notions spéculatives, se trouvent reléguées, à titre de chimères décevantes, toutes les tentatives naissantes d'édifier d'autres constructions pour la science rationnelle. C'est ainsi qu'à chaque page Aug. Comte nous met en garde contre une chimère nouvelle. Partout d'ailleurs où il a marqué une limite infranchissable, dans la théorie

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