INTRODUCTION H
des fonctions, dans la tentative d'appliquer la mécanique aux phénomènes de lumière, ou la mathématique à la chimie, dans les théories d'optique ou d'électricité, dans l'étude des corps célestes, partout, est-il besoin de le dire, la limite a été franchie; et un Bacon d'aujourd'hui serait déjà forcé de reculer dans chaque direction la place du fantôme.
Du moins dans cette façon naïve d'envisager l'idée, tant qu'on n'est pas frappé de sa fécondité, dans cette crainte d'y voir une chimère de la pensée s'envolant au delà des bornes du monde réel, dès qu'elle dépasse les limites précises des connaissances qui ont déjà pris rang dans la science, ne trouvons-nous pas un aveu très significatif de ce que cette idée implique de contingent? Dans celte répugnance à l'admettre d'abord, ne voyons-nous pas la preuve qu'elle porte avec elle la marque d'un élément qu'on ne juge pas suffisamment nécessaire, et dont on renonce à voir toute la raison dans les choses?
Et cet élément, ne suffit-il pas, pour l'accepter franchement et sans crainte, de n'être prisonnier d'aucune doctrine qui formule a ijrtori des conditions trop restrictives pour la forme ou la matière de nos conceptions? — Que l'on s'efforce de justifier autant qu'on le peut toutes ces conceptions, soit par les exigences mêmes du sujet qui connaît, soit par la nature des choses à connaître, cela est fort bien. Mais nous voudrions qu'on eût davantage le sentiment qu'on aboutit ainsi à expliquer l'opportunité de l'idée, non sa nécessité. Nous voudrions voir les thèses aprioriste et empiriste de la connaissance théorique se relâcher de leur rigueur dans leur tentative d'imposer un processus unique à l'intelligence, et ne pas répugner d'admellre que, suggérée tant qu'on voudra par des sollicitations immanentes ou extérieures, l'idée n'est pourtant pas déterminée par elles. Nous ne croyons pas sa fécondité compromise par un reste de contin-
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gence. N'est-ce pas au contraire reculer à l'infini dans tous les sens les bornes de son activité que de la dégager d'un absolu, qui, sous prétexte de lui donner . un caractère plus profondément et plus directement pénétrant, arrête son vol et l'emprisonne étroitement?
Est-ce à dire que nous songions, comme nous en accuse bienveillamment M. A. Fouillée S à faire fi de la causalité? — Nullement. L'idée de la détermination des choses les unes par les autres reste pour nous aussi le principe directeur et le fondement de toute science. C'est cette idée que le savant veut affirmer dans ses lois, depuis les inductions courantes jusqu'aux relations les plus élevées de la science rationnelle qui posent tel élément comme fonction de tels autres. La restriction que nous apportons à une manière de voir peut-être fréquente, c'est que les formules savantes, composées de notions théoriques, plus précises, plus faciles à manier, plus compréhensives que les inductions vulgaires, ne pénètrent pas pour cela davantage le réel. — A moins bien entendu qu'on n'entende celui-ci au sens de Hegel : nous y souscririons volontiers d'ailleurs, dans les limites oi^i la notion hégélienne pourrait se dépouiller de cet absolu qui, dans le développement infini de l'idée, se traduisait par l'unicité de direction. La réalité que constitueraient alors les relations les plus abstraites de la science spéculative serait loin de se présenter comme une production purement arbitraire, dépourvue de toute détermination. Il resterait toujours vrai qu'aucun élan de la pensée créatrice, qu'aucune transformation de l'idée n'est sans raison, et ce serait toujours un des objets les plus attrayants pour l'àme humaine que de chercher à expliquer
l. Le mouvement idéaliste et la réaction contre la science positive, p. 208.