‹ Le réalismeChapitre 16 sur 20 · COMÉDIE INÉDITE DE DIDEROT, EN QUÂTBE ACTES, EN PROSE · texte numérisé non relu

COMÉDIE INÉDITE DE DIDEROT, EN QUÂTBE ACTES, EN PROSE

Rapport de M. Eng. laugier, examinateur, t M. Arsène Honssaye.

Cette comédie retrouvée dans les écrits de Diderot, n'a pas été imprimée dam la dernière édition des œuvres inédites de V auteur , parce que les éditeurs ont pensé qu'elle pourrait être représentée sur la scène française.

Les éditeurs ont eu raison, et nous considérerions comme une bonne fortune pour le Théâtre-Français la représentation de cette pièce. C'est une peinture de mœurs pleine de verve en même temps qu'une excellente comédie de caractères. Outre que Diderot s'y met personnellement en scène, le style porte le cachet de la manière impossible à imiter du célèbre phihsoplie. Cest la belle langue du dix-huitième siècle dont le secret est perdu. Les traits y sont vifs, acérés, la plaisanterie souvent amère, la phrase concise et toujours gracieuse, les remarques prof mdes 9 et toute cette gaieté est un peu triste.

Les allusions, quelque peu libres que Von rencontre dans le dialogue, sont de l'époque et se trouvent d'ailleurs dans la plupart des pièces de V ancien répertoire, sans avoir toujours comme ici la même finesse et le même esprit.

Sans doute, il y aurait à faire quelques légères coupures, qu'il faudrait pratiquer avec discrétion de peur de rien gâter, mais ce sont là de simples détails qui ne feraient que ressortir la délicate ciselure du diamant retrouvé.

Nous avons donc la ferme conviction que remettre Diderot en lumière dans des conditions tout à fait contraires au père DE famille, serait pour la Comédie-Française une détermination qui amènerait honneur et profit.

33 octobre 1854.

Ainsi la comédie de Diderot serait « une botine fortune pour le Théâtre-Français, » et on ne Fa pas jouée.

C'est une excellente comédie de caractères. Et on ne Ta pas jouée.

C'est « la belle langue du dix-huitième siècle, dont le secret est perdu. » Et on n'a pas mis en lumière cette belle langue.

Il y aurait honneur et profit pour la Comédie-Française à jouer celle pièce. Et on l'a laissée dans les cartons.

J'ai remis la brochure en 1851 ; elle a été lue en 1854, trois ans après.

Nous sommes en 1856 , et depuis cinq ans cette comédie attend son tour.

Ainsi, voilà une œuvre sur laquelle tout le monde était d'accord, examinateur, directeur, pour qui le dix-huitième siècle semble familier; Diderot est à la mode aujourd'hui,

il est mort, il ne froisse personne, il laisse une comédie qui « amènerait honneur et profit » ( n'oublions pas le profit), et elle restera tristement posthume. Son vrai titre n'est pas : Est-il bon? Est-il méchant? mais plutôt : La jouera- t-on ? Ne la jouera-t-on pas?

Supposons une famine, monsieur Je ministre. Un citoyen trouve un moyen oublié pour parer à la calamité; ne consultant que l'intérêt de ses semblables, il adresse un mémoire au ministre de l'agriculture pour exposer les idées qu'il croit utiles.

Il y a famine de'comédies, monsieur le ministre.

Je suis avec respect, monsieur le ministre, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.

!•' décembre 1856.

Page 1