‹ Le réalisme chrétien et l'idealisme grecChapitre 7 sur 17 · L^HISTOIRE : SON INSUFFISANCE · texte numérisé non relu

L^HISTOIRE : SON INSUFFISANCE

a été cru et pensé. Croire ou ne pas croire c'est engager tout son être dans une affirmation sur le fond des choses. Et, quoi qu'on puisse prétendre, rien du dehors ne suffît à nous y déterminer.

Mais il est une remarque encore plus intéressante à faire. Puisque c'est la vérité même du Christ, au moins entrevue et accueillie, qui est le motif premier et fondamental de la foi, nous évitons ainsi, et ainsi seulement, le cercle vicieux si souvent dénoncé et qui consiste à fonder l'autorité de l'Église sur l'autorité des Livres saints et l'autorité des Livres saints sur l'autorité de l'Église.

C'est à l'Église que nous croyons d'abord, à l'Église qui ne fait qu'un avec le Christ toujours vivant, à l'Église qui, comme nous le disions tout à l'heure, nous apporte et fait circuler en nous la vérité du Christ dont nous avons besoin pour vivre ^A

1. « Nous ne croyons pas à l'Église parce que nous croyons à la Bible, a écrit fort justement Mgr Mignot, mais nous croyons à la Bible parce que nous croyons à l'Église. Saint Augustin ne pensait pas autrement : Evangelio non crederem nisi me cogeret Eccîesiœ docentis auctoritas. » ( Critique et Tradition [Le Correspondant, p. 4, 10 janvier 1904]. )

Et ce qui justifie dès le début notre croyance c'est que cettte vérité, à quelque degré que nous l'ayons accueillie, devient notre vérité. Et quand nous avons en nous au moins le germe de la vérité du Christ, germe fécondé par la grâce et par la bonne volonté, nous pouvons, dans le sein de l'Église et réchauffés par elle, faire grandir en nous cette même vérité en la retrouvant partout à travers le temps et l'espace et en ramenant tout à elle. Et c'est ainsi que la foi, la foi qui vit, va toujours se justifiant et s'accroissant. Supercrescit fides vestra.

Il faut donc que les historiens et les critiques en prennent leur parti : l'humanité n'a pas attendu pour croire qu'ils eussent appliqué les procédés de la méthode historique à démontrer l'existence de Jésus-Christ, ou les procédés de la critique philologique à authentiquer les textes et à en déchiffrer le sens littéral. Et quand on imagine ou quand ils s'imaginent que ce sont eux qui ont en main de cette façon et primordialement la cause de la religion, il y a méprise sur la religion aussi bien que sur le caractère et la portée des sciences historiques.

l'histoire : son insuffisance 153

Il n'était sans doute pas inutile d'insister sur ce point. Mais nous entendons bien cependant que les sciences historiques ont ici un rôle qu'on ne saurait méconnaître impunément. Et c'est ce qui nous reste à montrer.

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