CHAPITRE VI
Nous avons fait ressortir, en parlant de la monarchie, que les limites au pouvoir ne pouvaient résulter d'une fragile charte de papier, et qu'elles ne pouvaient être posées que par les forces réelles existant dans l'Etat indépendamment du monarque. Et dans rénumération de ces forces nous avons cité les distinctions héréditaires. Les distinctions héréditaires sont une des institutions peut-être les plus contraires aux préjugés du temps. L'hérédité dans le pouvoir on n'y ferait guère d'objection. Mais on ne voit pas la monarchie sans la noblesse. Et c'est là ce qui suscite surtout l'hostilité. Ceux qui représentent en effet, la
noblesse en France ne sont pas, tout au moins dans les grandes villes, en faveur. Il y a sans doute de leur faute. Il y a aussi de la faute de leur situation. Ils ont conservé dans les relations sociales un rang, des titres, bref des distinctions, des privilèges, tout honorifiques il est vrai, mais qui sont précisément les plus propres à exciter ou blesser la vanité, et ils ne sont pas astreints à rendre des services correspondants. Mais une noblesse mise à même de remplir sa fonction et la remplissant effectivement, une noblesse envisagée sous son vrai aspect de classe dévouée particulièrement au service de l'Etat, pourrait facilement^ je crois, redevenir populaire. Or quelles sont les fonctions de la noblesse, quels sont les services qu'elle est appelée à rendre, voilà ce que nous allons étudier avec Bonald.
« La noblesse, écrit Bonald, préserve les sujets de l'oppression par son existence; le pouvoir, de la révolte par son interposition: la société de la conquête par son action.
« 1° Elle préserve les sujets de l'oppression par sa seule existence. Un pouvoir oppresseur
est un pouvoir qui peut tout détruire, tout renverser, tout changer; un pouvoir qui peut tout renverser est un pouvoir sans limites : or la noblesse est une limite au pouvoir ; car le monarque ne peut anéantir la noblesse, qui est coexistente à lui, fille comme lui de la constitution, engagée comme lui à la société par des nœuds indissolubles, et marquée comme lui du caractère indélébile d'une naissance distinguée.. Aussi le premier soin des despotes est de déîruire, dans le pays qu'ils conquièrent, la noblesse comme une existence indépendante, et ce qui caractérise les Etats despotiques est qu'il n'y a point de noblesse. »
La Révolution dont les principes ne pouvaient souffrir aucune existence indépendante du pouvoir, s'appliqua à détruire la noblesse. Par son code civil, Bonaparte paracheva et perpétua lœuvre de destruction. On connaît la letire qu'il écrivait à son frère Joseph: « Etablissez le code civil à Naples;tout ce qui ne vous sera pas attaché va se détruire en peu d'années, et ce que vous voudrez conserver se consolidera. Voilà le grand avantage du code civil... Il con-
solide votre puissance puisque, par lui, tout ce qui n'est pas fidéicommis tombe, et qu'il ne reste plus de grandes maisons que celles que vous érigez en fiefs. C'est ce qui m'a fait prêcher un code civil et m'a porté à l'établir. »
« 2°, continue Bonald, la noblesse défend le pouvoir de la société par son interposition ; c'està-dire, en donnant l'exemple de la soumission aux autres sujets, qui obéissent avec moins de peine lorsqu'ils voient obéir ceux qu'ils sont accoutumés à respecter; en répandant, en entretenant dans toutes les classes de la société un esprit d'attachement à la constitution et de fidélité envers le pouvoir; et il est vrai que c'est par l'exemple qu'elle donne, ou par les principes qu'elle répand, que la noblesse prévient la révolte des sujets contre le pouvoir. »
Mais son exemple peut être aussi pernicieux que bienfaisant. Car, comme le remarque Bonald, « un peuple ne se déprave ou ne se corrige que par l'exemple de ses chefs; c'est une colonne d'armée qui change de route lorsque la tête change de direction. Et par exemple la Révolution n'a été possible que parce que
ses principes en avaient été préalablement adoptés par les classes dirigeantes.
Enfin 3e point, la noblesse préserve la société de la conquête par son action. C'est dire que la noblesse est une institution essentiellement militaire. Bonald en donne ici la raison, c La société politique, explique-t-il, ne pouvait agréger à la profession sacerdotale les familles qu'elle voulait distinguer, puisque cette profession, dans la religion chrétienne, n'était pas une profession de famille. Elle les agrégea donc à la profession sociale défensive de la société; en sorte que, par une institution sublime, la récompense la plus honorable, le salaire le plus précieux dont la société pût payer un bienfait, fut d'admettre la famille du bienfaiteur au nombre de celles qui étaient plus particulièrement consacrées à la conservation de la société, et par leur naissance même dévouées à sa défense. Car, qu'on ne s'y trompe pas, la noblesse n'est une distinction qu'en ce qu'elle est un engagement particulier... Ainsi l'on n'est pas militaire, parce qu'on est d'une famille noble; mais on est noble parce qu'on est d'une
famille militaire, quoique l'individu puisse exercer quelque autre profession également utile à la société et plus analogue à sa position. Le service militaire social, constitutionnel ou défcnsif est donc la véritable destination, le premier motif de la noblesse.
Cependant il y a une autre noblesse, qui s'était plus tard constituée, lorsque la fonction de juger se sépara de celle de combattre, c'est la noblesse de robe. On pourrait se demander comment la fonction de juger s'alliait avec la noblesse, celle-ci étant par définition la classe de ceux qui remplissent une fonction publique, c'est-à-dire qui sont voués au service de la société et non des particuliers. Or, c'est surtout pour le service des particuliers que fonctionne la justice. Bonald voit l'objection et il y répond. « Si, comme chargée d'administrer la justice Gistributive, nous dit-il, la magistrature exerçait une profession relative aux individus plutôt qu'à la société, comme dépositaire des lois qui s'étaient extrêmement multipliées, comme chargée de vérifier les lois, c'est-à-dire de n admettre dans ce dépôt sacré que l'expression de
la volonté générale, la magistrature exerçait une fonction sociale; elle fut donc profession distinguée par la nature de sa fonction, profession sociale par son objet, profession permanente comme la société. Puisqu'elle était distinction sociale, permanente, elle devait, suivant l'esprit de la monarchie, et par analogie avec les autres distinctions sociales, devenir inamovible: et elle devint inamovible; héréditaire, et elle devint héréditaire, en devenant propriétaire par la vénalité >
Juger, combattre, voilà donc qui embrasse toutes les fonctions publiques, puisque, comme le remarque Bonald, tout se réduit, pour la société, à découvrir ce que veut la loi, ce qui est juger, et à écarter les obstacles qui s'opposent, au-dedans comme au-dehors, à l'exécution de la loi, ce qui est combattre.
Ceux qui remplissent ces fonctions, Bonald les appelle ministres du pouvoir, c'est-à-dire serviteurs suivant l'étymologie du mot. Il n'entend donc pas par « ministres » les hommes chargés de diriger une partie quelconque de l'administration publique; guerre, police finan-
ces, etc. ; ce ne sont, à proprement parler, dit-il, que des secrétaires d'Etat, et c'est ce titre qu'ils portaient en France. Par « ministres » il entend l'ensemble, le corps des hommes qui jugent et qui combattent.
Le corps des ministres du pouvoir, ou autrement dit la noblesse, exerce donc une profession distinguée des autres par sa nécessité pour la conservation de la société. Le noble, dit Bonald, n'est distingué des autres, « que parce qu'il appartient à une famille sociale, c'est-àdire une famille vouée spécialement et sans retour à la conservation de la société, et qui ne peut, sans encourir le blâme ou l'animadversion de la société, se soustraire à ses engagements envers elle. » Certes, remarque Bonald, les arts ou professions mécaniques sont éminemment nécessaires à la conservation de la société naturelle, ou de la famille, puisqu'on ne saurait concevoir la famille sans des arts ou professions qui la vêtissent, qui la logent, qui la nourrissent. Mais nécessaires qu'elles sont à la conservation de la société naturelle, elles sont professions naturelles et non sociales ou politiques,
en ce sens quelles n'ont pas un rapport direct et immédiat à la conservation de la société politique. Et la preuve, c'est que ces professions ont existé avant la société politique, et peuvent exister sans elle.
Nous avons dit que pour ne pas tomber dans le despotisme, il faut homogénéité entre le pouvoir et ses ministres. Si le pouvoir est héréditaire il faut une noblesse héréditaire, afin que la limite au pouvoir ait autant de force de résistance que le pouvoir a de force d'action. Mais réciproquement s'il y a hérédité dans le corps des fonctionnaires, il faut l'hérédité dans le pouvoir. Nous avons déjà donné par ailleurs avec Bonald, les exemples typiques de la Pologne et de la Turquie. Revenons-y, pour éclaircir encore la question.
« En Pologne et en Turquie, écrit Bonald, l'homogénéité des personnes sociales, ou n'a jamais existé, ou n'existait plus depuis longtemps; et quoique la manière fût différente dans l'un et l'autre Etat, le résultat a été le même pour tous les deux. Je m'explique. Le pouvoir ou le
chef, en Pologne, était devenu électif, et la noblesse ou le ministère était resté héréditaire. En Turquie, au contraire, le pouvoir était héréditaire, et le ministère électif, et de là ces élévations subites et fréquentes d'un jardinier du sérail ou d'un icoglan, aux premiers postes de l'Etat; de là un double désordre. Le chef électif, en Pologne, était devenu trop faible pour contenir dans de justes bornes le ministère héréditaire, qui, écarté de sa destination naturelle, faisait des lois, au lieu de servir à leur exécution; et le roi n'était plus lui-même qu'un ministre ou plutôt un esclave. En Turquie, le chef héréditaire n'avait trouvé aucune limite à ses caprices dans la mobilité perpétuelle de tout ce qui existait autour de lui, et dans ses volontés arbitraires plutôt qu'absolues, il n'avait été servi que par des esclaves ou des satellites. De là le despotisme du chef en Turquie, et le despotisme du patriciat en Pologne; de là le gouvernement tumultuaire des Turcs, et le gouvernement orageux des Polonais; de là, en Turquie, ces soldats qui se révoltent et qui déplacent le pouvoir, fat en Pologne, ces luttes
éternelles du chef et des grands qu'il voulait soumettre; de là, dans ces deux Etats, l'anarchie, la misère, la dépopulation, la faiblesse, l'avilissement, la destruction. »
En Pologne, dit Bonald, le ministère héréditaire faisait des lois, au lieu de servir à leur exécution. C'est là la différence qui existe entre l'aristocratie et la noblesse, que l'on confond souvent à tort. En France il y avait une noblesse; il n'y avait pas d'aristocratie. Bonald établit ainsi la distinction : « La noblesse, ditil, était un corps de propriétaires voués héréditairement et exclusivement au service public. L'aristocratie est un corps de propriétaires voués héréditairement et exclusivement à gouverner le public, c'est-à-dire à faire des lois. Ainsi, autrefois, il n'y avait point en France, à proprement parler, d'aristocratie, et aujourd'hui il n'y a plus de noblesse politique. » Il écrit encore : « Partout où plusieurs citoyens, quels que soient leur nombre et leur condition, ont voix délibérative dans la législation, il y a un patriciat ou une aristocratie, et il n'y a pas de noblesse, dont l'essence est de servir aux lois et non de faire des lois. »
Donc en France il ne faut parler que de noblesse. C'est elle que nous allons étudier. On se souvient comment Bonald définit la noblesse. C'est la classe dévouée héréditairement aux fonctions publiques. Remarquons le mot dévouée. Il est significatif. La noblesse a fini par ne plus être envisagée que du côté prérogative, privilège, mais c'est là une erreur. C'est avant tout du côté devoir qu'il faut la considérer. Les privilèges, en effet, ne sont qu'une compensation des devoirs, ou un moyen de les remplir. « Les hommes, dit Bonald, ne sont élevés, par leur rang et leur fortune, au-dessus des autres que pour les servir; les honneurs sont des charges, c'est-à-dire des fardeaux, et elles en portent le nom; des offices, c'est-à-dire des devoirs, ofjicium; en un mot, tout ce qui est grand ne l'est que pour servir tout ce qui est faible et petit, et de là sont venus les mots servir, service, employés à désigner, dans la langue des peuples chrétiens seulement, les plus hautes fonctions du ministère public. » Ces noms de ministres ou serviteurs, écrit encore Bonald, disent à ceux qui en sont revêtus, qu ils ne
sont établis que pour le service de leurs semblables: que le caractère dont ils sont revêtus est un engagement et non une prérogative, et qu'ils se méprennent étrangement sur leur destination dans la société lorsqu'ils se regardent comme élevés au-dessus des autres par la supériorité du rang, tandis qu'ils n'en sont distingués que par l'importance des devoirs. » Pensée qu'il résumait par ailleurs ainsi : « La noblesse n'est ni une prérogative, ni un privilège; elle est un service et un devoir envers le pouvoir... L'orgueil ne voit, dans ce service, que des distinctions et des supériorités; la raison, la conscience et la politique n'y voient que des devoirs. » Mais, remarque Bonald, l'imagination se récrie sur cette prétendue servitude. Elle ne voit que l'éclat et les honneurs de ces fonctions. « Elle juge ce qui devrait être par ce qui était trop souvent. » Et cependant, ajoute Bonald, « tels sont les devoirs auxquels la société, pour ses besoins, devrait soumettre les familles consacrées au ministère public, que le dévouement deviendrait pour les autres un sujet de frayeur plutôt qu'un objet d'envie. »
Mais ces notions se sont perdues depuis longtemps. Et Bonald voit dans la perte de ces notions essentielles une des causes de la révolution. « La vanité de la naissance mise trop souvent avant les devoirs de la noblesse » a été peut-être une des causes les plus prochaines de la révolution « en excitant la jalousie des sujets envers les ministres; car les hommes n'envient que les jouissances, et jamais les devoirs. »
Or la noblesse continuera forcément à être peu populaire tant qu'on ne lui aura pas restitué aux yeux du public son véritable aspect de classe dévouée particulièrement au service de la société. Tout le monde heureusement n'a pas oublié ce que doit être la noblesse.
Je trouve par exemple dans l'ouvrage de M. le Marquis de la Tour-du-Pin, Vers un ordre social chrétien, cette belle page qui concorde si parfaitement avec les définitions de Bonald: « Les classes élevées!.. Y en a-t-il encore? dirat-on. Peut-il tout au moins s'en reformer? Et tout d'abord en faut-il? Réponse bien difficile à fournir si on la cherche ailleurs que dans
cette belle définition de Le Play: classes supérieures, celles qui doivent leur dévouement aux classes inférieures. Ce n'est, en effet, ou du moins ce ne doit être, dans une société bien ordonnée, aucun avantage d'ordre privé qui y donne le rang, mais bien la mesure dans laquelle cet avantage est tourné au service du bien public, et notamment à celui des classes inférieures, qui ont besoin de ce dévouement et qui y ont droit à raison de leur propre utilité sociale.
« Ce n'est donc pas la richesse, mais l'usage de la richesse, pas le talent, mais l'emploi du talent, pas le don de Dieu quel qu'il soit, mais le sacrifice de ce don à l'humanité, qui est le principe de l'élévation dans une société chrétienne. Dès que les hautes classes cessent d'être dévouées, elles manquent à leur mission et s'abîment en dépit de tout privilège et de tous droits acquis. »
Je rappellerai également que dans ÏEnquête sur la Monarchie, nous trouvons cette belle déclaration du comte de Lur-Saluces: « De tous les privilèges de la noblesse, un seul est
essentiel : il ne consiste qu'à avoir bien plus de devoirs que les autres. Tous les autres privilèges sont accessoires et pour ainsi dire superflus. Sans celui-ci, point de noblesse. « Noblesse oblige », disait-on. N'est-il pas urgent de réorganiser ce privilège, d'assumer de si nobles obligations, et ne voit-on pas qu'il y a dans ce sentiment une force précieuse pour le pays? »
Voilà donc ce qu'il faut faire ressortir avant tout, qu'être noble c'est être engagé héréditairement à remplir des devoirs publics. Tout ce qui tend à rappeler ces devoirs, Bonald l'approuve donc. Mais il condamne ce qui n'est que distinction de pure vanité. Ainsi, il est utile qu'il y ait des costumes, propres aux fonctions publiques; ils commandent le respect parce qu'ils annoncent un devoir. Mais Bonald n'aime pas les croix et les cordons, pure décoration de la personne, dit-il, qui blessent l'amour propre, parce qu'ils n'ont rapport à aucune fonction, et altèrent ainsi l'égalité native des hommes sans un motif assez social. »
« Il y a trois siècles à peu près, écrit-il, que dans toutes les cours d'Europe les princes créent
de nouveaux ordres de chevalerie pour les hommes, et quelquefois même pour les femmes, dans les vues politiques, et même religieuses, les plus innocentes. Ces ordres sont à leur naissance l'objet de la faveur la plus déclarée et de l'ambition la plus active, enrichis, décorés par les princes qui s'honorent d'en porter les marques, et cependant leur existence, ou du moins leur considération est de courte durée. Il n'est pas même possible d'assigner aucun bien véritablement public et durable qui en soit résulté, et il est au contraire aisé d'apercevoir la révolution qu'ont dû produire, dans les idées et dans les mœurs, des institutions qui mettent chez les uns la vanité à la place de la conscience, et chez les autres la jalousie à la place du respect, parce qu'elles distinguent l'homme par des marques extérieures, sans l'obliger à des devoirs plus rigoureux. »
Ainsi ce qui différencie la noblesse, de ces ordres de chevalerie, à part le côté capital de l'hérédité, c'est que la noblesse est une vocation en quelque sorte de l'individu, ou plutôt de la famille qui se trouve vouée, en effet, spécia-
lement au service de l'Etat. La noblesse est un devoir, et non une simple distinction honorifique, nous ne saurions trop le répéter. « L'institution du ministère public, écrit Bonald, qu'on appelait noblesse, n'est en elle-même, ni une décoration pour l'Etat, ni un lustre pour Tindividu. Ces figures oratoires peuvent embellir une harangue, mais elles ne rendent pas raison de cette institution. La décoration de l'Etat est sa force, et le lustre de l'homme, sa vertu. Il n'y aurait jamais eu de noblesse dans aucun Etat chrétien ou civilisé, les seuls où l'homme ait des idées justes du pouvoir et des devoirs, si elle n'eût été qu'une décoration; et elle n'aurait pas été, parce qu'elle n'aurait rien été. La noblesse est une fonction générale, et le séminaire des fonctions spéciales. Elle est un devoir. »
Et c'est de ce devoir qu'elle tire sa distinction. Elle n'est donc pas une distinction factice, elle est la distinction la plus naturelle qui soit, car elle est basée sur les fonctions. La noblesse n'est, en effet, une distinction que parce que le métier de noble est plus distingué que
tout autre, car il est plus digne de servir l'Etat que le particulier. « Tous les raisonnements des nivelé urs ou des esprits chagrins, dit Bonald, ne prévaudront jamais contre celte raison naturelle et supérieure qui dit à l'homme qu'il est plus digne de lui, plus conforme à sa destination d'agir sur l'homme pour le service de la société publique, que de travailler sur la matière pour le service de la société domestique. »
Mais à cette fonction plus digne, plus conforme à la destination de l'homme, à celte distinction qu'est la noblesse n'est-il pas juste qus tous puissent accéder? Non seulement cela est juste, mais aussi éminemment utile à l'Etat. C'est ainsi d'ailleurs qu'il en était en France, comme nous le rappelle Bonald. La noblesse n'était pas une classe fermée, une caste. « Loin quelle fût, écrit-il, le patrimoine exclusif de quelques familles, elle était l'objet et le terme des efforts de toutes les familles, qui toutes devaient tendre à s'anoblir, c'est-à-dire à passer de l'Etat privé à l'état public, parce qu'il est raisonnable et même chrétien de passer d'un état
où Ton n'est occupé qu'à travailler pour soi, à un état où, débarrassé du soin d'acquérir une fortune, puisqu'on la suppose faite, l'homme est destiné à servir les autres en servant l'Etat. Une famille, en France, sortie de l'état d'enfance, et de ce temps où elle dépend des autres familles pour ses premiers besoins, se proposait l'anoblissement pour but ultérieur à ses progrès. Une fois qu'elle y était parvenue, elle s'y fixait. L'individu, sans doute, pouvait avancer en grade, de lieutenant devenir maréchal de France, et de conseiller devenir chancelier; mais ces grades, s'ils n'étaient pas égaux, étaient semblables; les fonctions, pour être plus étendues, n'étaient pas différentes; la famille ne pouvait en recevoir un autre caractère, et une fois reçu, elle ne pouvait le perdre que par forfaiture. Dans les gouvernements populaires, une famille ne peut aspirer qu à s'enrichir, et à s enrichir davantage, même lorsqu'elle est opulente. Jamais elle ne reçoit de caractère qui la voue spécialement au service de l'Etat, et même les fonctions publiques auxquelles le citoyen riche est passagèrement élevé, ne sont souvent qu'un
moyen pour la famille de spéculer avec plus d'avantage pour sa fortune. On n'est pas capable de rapprocher deux idées, lorsqu'on ne sent pas l'extrême différence qui doit résulter pour 13 caractère d'un peuple et les sentiments qui sont la force ou la faiblesse des nations, de cette disparité totale danp leurs institutions. » Cette tendance qu'ont les familles à s'élever, à passer de l'état domestique à l'état public, est d'ailleurs si louable, et si utile par certains côtés, qu'il est, dit Bonald, politique pour l'Etat de la favoriser. « L'Etat, écrit-il, doit favoriser cette tendance qu'ont toutes les familles à passer de l'état purement domestique à létat public, tendance louable en elle-même, puisque l'état domestique de société n'est que la société de soi, et que l'état public est la société des autres, et qui ne cesse pas d'être louable, même quand les motifs personnels de l'homme seraient vicieux. L'anoblissement a un autre effet plus général, plus moral, et par conséquent plus politique; car la politique et la morale sont une même chose: il empêche l'accumulation excessive des richesses dans les mê-
mes familles, et établissant un autre moyen de considération que l'argent, il donne aux sentiments, aux opinions, à l'esprit public enfin, une direction plus noble, plus digne de l'homme, et par là même plus utile à la société. »
Mais, en France, autrefois, la classe de la noblesse était ouverte. L'anoblissement était facile, trop facile même à certains point de vue, déclare Bonald. Assurément, écrit-il, on ne pouvait se plaindre en France que de l'excessive facilité de l'anoblissement; et tandis qu'un meunier hollandais, ou un aubergiste suisse sans activité, comme sans désir, bornés à servir l'homme pour de l'argent, ne voyaient dans l'avenir pour eux et leur postérité, que le moulin et l'enseigne de leurs aïeux, un négociant français, riche de deux cent mille écus, entrait au service de l'Etat, achetait une charge et une terre, plaçait son fils dans la robe et un autre dans l'épée, voyait déjà en perspective la place de président à mortier et celle de maréchal de France, et fondait une famille politique qui prenait l'esprit de Tordre à la première génération, et les manières à la seconde. « C'est,
dit Montesquieu, une politique très sage en France, que les négociants n'y soient pas nobles, mais qu'ils puissent le devenir. » S'il y avait un abus, c'est que la faniille-sujette devenait souvent famille-ministre avant d'avoir fait une fortune assez considérable, je ne dirai pas pour soutenir son rang, mais pour en remplir efficacement les devoirs. Car, dans une société opulente, telle que le sera toujours notre Francs, il n'y a pas de condition plus dure et plus douloureuse, que celle d'un noble indigent, sur qui pèsent toutes les charges de l'état public de société, sans qu'il puisse jouir des facilités que présente pour s'enrichir la vie domestique et privée. >
Et Bonald remarque à ce propos: « On a déclamé contre l'usage des anoblissements à prix d'argent; mais on n'a pas fait attention qu'il est raisonnable et naturel de faire preuve de fortune pour être admis dans un corps où tout moyen de faire fortune, où le désir même de la fortune doit être interdit, et que l'homme en société étant essentiellement propriétaire, toute profession nécessaire à la société doit supposer la fortune ou la donner. »
Ainsi, en résumé, toute famille pouvait, sous l'ancien régime, par son industrie, s'élever jusqu'à la noblesse; et aucun individu n'était exclu de s'élever, par son mérite, aux plus hauts emplois. Voilà la vérité historique que l'esprit de parti par un amas d'erreurs ou de mensonges a tant obscurcie ou défigurée, et que Bonald rétablit dans sa pleine clarté. Or il n'est pas de vérité qu'il soit plus utile de rétablir. C'est pourquoi je crois bon d'y insister avec Bonald. sans craindre d'abuser de ses textes.
Ainsi, dit Bonald, soit que la famille anoblît les individus, soit que l'individu anoblît la famille, l'épée, l'Eglise, surtout la magistrature ont vu dans tous les âges des exemples d'élévations extraordinaires; « et, s'ils ne sont pas plus fréquents, remarque-t-il. c'est que les talents extraordinaires sont encore plus rares que les exemples: c'est que toute société qui est dans sa nature n'a des hommes extraordinaires qu'au besoin, mais aussi les produit toujours lorsqu'elle en] a besoin, et la fortune d'un homme de génie, dans le genre de son talent, n'était bornée, en France, que par ces obstacles qui
aiguillonnent le génie, loin de le retarder, et qu'il est toujours sûr dé vaincre. Ouvrez la porte bien large, et la foule passera. Or, c'est la médiocrité qui fait foule; et d'hommes médiocres pour occuper des places, il y en a toujours assez, et ils trouvent toujours trop de facilité à s'élever. »
« La nature est avare d'hommes supérieurs, écrit encore Bonald, et elle sème avec profusion les hommes médiocres. L'homme vraiment supérieur aux autres hommes, celui que la nature fait naître pour remplir ses vues sur la société, s'élève toujours de lui-même, et malgré tous les obstacles, à la place que la nature lui assigne; car, s'il avait les mêmes besoins que les autres hommes de la faveur des circonstances ou du secours de l'éducation, il ne leur serait pas supérieur. >
Si donc nous voyons que dans un Etat constitué) il y a des obstacles aux élévations rapides, que les occasions de s'élever d'un rang obscur au faîte des honneurs sont rares, nous répondrons, avec Bonald, que les hommes dignes de cette élévation sont encore plus rares que les
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occasions de s'élever. Si nous voyons au contraire un Etat où les élévations subites sont non l'exception mais la règle, loin d'admirer tin tel état de choses nous dirons avec Bonald encore que c'est là tout simplement une des marques distinctives du despotisme. On ne peut faire, écrit en effet Bonald, « du choix arbitraire de la part du chef un moyen régulier de promotion des familles au ministère politique, parce çme l'élévation des familles, qui hors les temps et les hommes extraordinaires doit être lente et successive, comme toutes les opérations de la nature, n'a alors d'autre règle que des caprices, d'autre motif que la faveur, souvent d'autre durée que celle de l'homme, semblables à ces plantes qui fleurissent un matin, et que le soir voit sécher. Ces métamorphoses subites, qui font passer un homme des derniers rangs de la société aux premiers emplois, et par la seule volonté du chef, forment le caractère spécial du despotisme d'un ou de tous. »
D'ailleurs si la bonne constitution d'un Etat veut que les élévations subites, que les déclassements brusques ne soient qu'exception-
nels, que l'homme ne se plaigne pas. Cette règle est faite pour son bonheur. Non seulement parce que tout ce qui contribue à constituer la société, contribue au bien-être de chacun, mais aussi parce que l'élévation trop rapide risque de compromettre l'équilibre de l'individu et d'en faire un malheureux. C'est la thèse que Bourget a exposée dans YEtape, et sur laquelle on a beaucoup discuté, mais en discutant la plupart du temps à côté de la vraie question. Bourget n'a jamais voulu prétendre que le passage d'une classe dans une autre plus élevée fût chose funeste. Il a simplement cherché à montrer que pour que cette ascension produisît des fruits heureux, il était nécessaire, dans la majeure partie des cas, que cette ascension fût progressive, par étapes. Et que la démocratie qui érige en système le déclassement, était une fabrique de malheureux. D'ailleurs sur ce sujet M. de la Tour du Pin a écrit quelques lignes qui résument si parfaitement la question que je lui laisserai la parole. A ceux qui demandent: Faudrait-il donc que la société soit faite de compartiments fermés et impénétrables? il répond:
« Rien de pareil: les classes populaires sont la réserve naturelle des classes élevées et toutes ont besoin de se compénétrer pour vivre. Seulement, cette compénélration ne doit pas procéder par assaut, mais par infiltration; autrement dit il vaut mieux que l'ascension sociale, soit dans la même classe, soit d'une classe à l'autre, ait un caractère familial et progressif, plutôt que purement individuel et soudain; l'une s'observe dans les sociétés paisibles et en progrès, l'autre dans les époques troublées qui font surtout des malheureux. »
Or, telle est exactement la pensée de Bonald. La nature, dit-il. qui ordonne tout avec sagesse », ne veut pas qu'un individu passe des derniers emplois subitement aux premiers, et qu'il coure juger en venant de bêcher la terre. Il y a même peu d'hommes dont la raison pui -;se, sans en être ébranlée, supporter une élévation aussi subite, et de là sont venues toutes les extravagances du règne de la terreur. Tout ce qui doit durer est lent à croître — ajoute-t-il, — et la constitution en France, d'accord avec la nature, faisait passer la famille successivement pi
des professions plus relevées, qui occupaient l'esprit plus que le corps, tels que le commerce et la pratique des affaires, et elle la disposait ainsi à l'anoblissement.
La nature ne fait pas de sauts, tout ce qui doit durer est lent à croître, voilà donc seulement ce que Bonald rappelle à propos du recrutement de la noblesse. Mais ceci dit, loin de se montrer opposé au principe de l'anoblissement, il considère que pour chaque famille c'est non seulement un droit, mais même un devoir de tendre à s'élever: « Ce n'est pas, écritil, comme on l'a dit, un droit à tous les hommes d'avoir part au pouvoir, mais c'est un devoir au moins politique à toutes les familles de se mettre en état, par le résultat naturel d'une industrie honnête, de passer de l'état purement domestique de société, celui où l'on ne s'occupe que de soi et de ses propres intérêts, à l'état public de société, celui où l'on s'occupe du service des autrels, et où, débarrassé du soin d'acquérir, l'homme, ou plutôt la famille, n'a plus qu'à vaquer à la profession honorable du
ministère public. De là venait en France, plus constituée que toute autre société chrétienne, cette tendance de toutes les familles à s'anoblir, c'est-à-dire à passer à l'état public de société, à cet état qui interdisait aux individus tout métier lucratif, et consacrait la famille elle-même au service de la société. »
Bonald soulève ici la question de l'interdiction qui était faite à la noblesse, « par les mœurs, plus puissantes que les lois », sous peine de dérogation, d'exercer aucun métier lucratif. Il nous explique ailleurs parfaitement les motifs de cette règle, qu'on serait tenté de ne plus considérer actuellement que sous son côté de simple vanité. Je ne sais, nous dit Bonald, si elle est très libérale, mais elle est très philosophique, très morale et surtout très politique. « Rien de plus moral assurément qu'une institution qui, sans contrainte, et par les motifs les plus honorables, offre un exemple on peut dire légal et public, de désintéressement à des hommes dévorés de la soif de l'argent, et au milieu de sociétés où cette passion est une cause féconde d'injustices et de forfaits. Rien de plus poli
LA NOBLESSE. i 199
tique que d'arrêter, par un moyen aussi puissant que volontaire, par le motif de l'honneur, l'accroissement immodéré des richesses dans les mêmes mains. »
Certes à notre époque cette habitude, que les mœurs ont tendu à maintenir, de s'abstenir de tout métier lucratif, offre des dangers. Car de plus en plus éloignée d'autre part, par le gouvernement, des fonctions publiques, la noblesse est guettée par l'oisiveté. Et si l'on peut s'étonner de quelque chose c'est que cette situation anormale n'ait pas produit de plus funestes effets. Il était certes on ne peut plus honorable de servir l'Etat sans aspirer à aucun gain. Mais dès lors que cette possibilité n'est plus accordée, ce qui est honorable c'est de chercher à pallier les effets du partage forcé autrement que par l'enjuivement ou même par de simples spéculations sur les dots. C'est là — étant données les circonstances — qu'est la vraie dérogation, et non dans l'emploi d'un métier lucratif. Mais cela n'empêche que le point de vue de l'ancien régime aurait de nouveau son utilité dans un temps où la noblesse exercerait ses fonctions normales.
Tout moyen ordinaire de fortune étant ainsi interdit à la noblesse, il était naturel, déclare Bonald, qu'elle eût des privilèges pécuniaires. D'ailleurs, comme le faisait remarquer un de ces privilégiés, le Comte d:Antraigues, ces privilèges pécuniaires se réduisaient ordinairement à peu de chose, sinon à rien. Car si les nobles, dit-il, n'étaient point assujettis personnellement à certaines impositions, ils les payaient peut-être même plus chèrement, par les mains de leurs fermiers.
Certes tout privilège doit correspondre en quelque sorte à un devoir. Et on ne peut nier qu'au moment de la Révolution léquilibre se trouvait rompu en faveur des privilèges. Mais ce quïl fallait alors, là comme ailleurs, c'est réformer et non ruiner.
Un des moyens les plus efficaces pour faire disparaître les grandes familles, est le partage égal forcé des biens paternels. Le Code Napoléon qui sur plusieurs points capitaux a perpétué et consolidé la Révolution, nous a maintenu jusqu'à présent sous ce régime de
destruction. Comme tous les autres grands sociologues, et notamment Le Play et Auguste Comte, Bonald s'élève contre un tel régime. « Le philosophe, écrit-il, vous prouvera par de doctes raisonnements qu'il faut que tous les enfants partagent également le bien de la famille; la nature vous prouvera par de grands malheurs qu'il faut, pour que le corps social subsiste, conserver les familles et consommer les individus. » Or le partage égal détruit forcément au bout de peu de temps toute famille. « Dans les pays, écrit Bonald, où, par l'égalité du partage, la loi force les enfants de vendre tout ce qui pourrait leur rappeler leurs pères, il n'y a jamais de famille; je dirai plus, il n'y a jamais de société, parce qu'à chaque génération la société finit et recommence. Les novateurs avec leurs lois faites pour le moment qui suit, pour l'homme qui passe, hachent menu la société. Il me semble voir un enfant qui a coupé un serpent en plusieurs parties; il s'applaudit de les voir sautiller, s'agiter en tous sens : il croit voir plus de vie où il voit plus de mouvement ; mais bientôt ce reste d'esprits
animaux, que chaque partie tenait du corps dont elle avait été détachée, s'exhale: tout meurt et l'enfant étonné ne voit sur le sable que des morceaux infects et inanimés. »
Sans doute la libre disposition des biens laissée aux parents tendrait à reconstituer de grandes fortunes immobilières, qui sont celles que le Code civil a surtout détruites. Mais il ne faut voir dans une telle reconstitution que des avantages. Les classes élevées ont de grands devoirs, et comme le remarque Auguste Comte, de grands devoirs supposent de grandes forces. De plus, nous dit Bonald, « les grands propriétaires sont nécessaires dans une grande société; parce qu'eux seuls peuvent cultiver en grand, cultiver avec intelligence, et se livrer à des essais qui donnent à vivre aux pauvres, et tournent toujours au perfectionnement de l'agriculture. C'est par un salaire payé à un travail utile, plutôt que par des largesses faites à l'indigent oisif, que les riches remplissent leur destination religieuse et politique, et qu'ils sont conformément aux vues de la Providence et à l'intérêt de l'Etat, les économes et les dis-
pensatéurs des fruits que la nature fait naître pour tous les hommes. »
Remarquons ces derniers mots: économes et dispensateurs des fruits. Ils marquent la pensée de Bonald sur la propriété. L'individualiste ne considère la propriété qu'au point de vue de l'appropriation et de la jouissance individuelles. Bonald la considère du point de vue social. Tout capital est pour la plus grande part l'œuvre, non du possesseur actuel, mais des générations passées. Personne n'est le seul auteur de sa richesse. Que quelqu'un, par exemple, mette en valeur une terre jusqu'alors inexploitée, il doit tout au moins à la société les instruments et la science qui lui ont été nécessaires pour cette mise en valeur. C'est-à-dire que la société a imis à sa disposition le fruit d'un travail de bien des siècles, auprès duquel son travail propre est de peu de chose. Tout capital étant [ainsi une œuvre sociale il est naturel que la richesse engendre des devoirs sociaux. Ces devoirs sont avant tout la conservation et la bonne administration de la propriété, et le bon emploi de ses revenus. Comme dit Bonald les riches sont
« les économes et les dispensateurs des fruits que la nature fait naître pour tous les hommes. » Certains, il est vrai, seraient tentés d3 voir plus de justice dans le partage égal de ces fruits entre tous. Mais le partage égal engendrerait une communauté de misère dont l'envie démocratique se satisferait peut-être, mais qui serait à bref délai la ruine de toute civilisation et de toute société.
En résumé tout possesseur d'un capital n'eu est en quelque sorte que l'usufruitier, en ce sens que tenant ce capital des générations passées il en doit compte aux générations présentes et à venir. Ce point de vue de Bonald est également celui d'Auguste Comte. C'était d'ailleurs un point de vue qui était assez commun autrefois, avant que l'individualisme révolutionnaire n'ait enlevé toute dignité, on pourrait même dire tout fondement solide, à la propriété, eu la dépouillant des devoirs sociaux qui y sont attachés, et en la faisant uniquement génératrice de droits individuels.