Ibid., ibid
qui tapisse les rochers. » Et, nous racontant ses excursions matinales, il décrit les plus humbles plantes, brunelles aux longues cornes ou balsamines dont la capsule éclate entre les doigts. Après avoir contemplé la nature comme « un beau système » ; il en vient à l'observer « par parties » sans s'y confondre, et, suivant son expression, à en « détailler le spectacle. »
Pourtant la description de Rousseau, si précise soit-elle, reste ordinairement assez large; et, du reste, il use souvent, encore classique par là, des épithètes sentimentales, qui ne montrent rien, des épithètes générales, qui conviennent à tous les objets analogues. Bernardin de Saint-Pierre, son disciple, serre la nature de plus près. Il se plaignait que les délicatesses de notre langue littéraire ne permissent pas de rendre fidèlement les choses, et luimême l'enrichit d'un grand nombre de termes qu'il prenait jusque dans les dictionnaires techniques. « Essayez, remarquait-il, de faire la description d'une montagne de manière à la faire reconnaître ; quand vous aurez parlé de la base, des flancs et des sommets, vous aurez tout dit... Que de variétés en ces formes bombées, arrondies, aplanies, carrées! etc. Vous ne trouvez que des périphrases1. » Le vocabulaire classique avait pu suffire à des écrivains qui se contentaient de noter les traits principaux, qui décrivaient la montagne et non pas telle ou telle montagne; mais Bernardin de Saint- Pierre renouvela, même après Rousseau, le genre descriptif, en y appliquant une observation minu-