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Harmonies; commentaire de l'Harmonie X, livre I

Cet homme de Dieu n'a rien que d'insignifiant et de « poncif ». Mais la physionomie de Jocelyn, les mille détails de son existence, son habitation, sesentours, sont exprimés avec une vérité particulière et sensible. Dès le prologue, nous nous sentons dans un milieu réel, reproduit d'après nature, et la première « époque » renferme quelques scènes que l'on a pu justement comparer aux toiles des petits maîtres hollandais. Telle est la description du début. Relisons-en par exemple le morceau suivant :

Les filles du village, à ce refrain joyeux,

Entr'ouvraient leur fenêtre en se frottant les yeux,

Se saluaient de loin du sourire et du geste,

Et, sur les hauts balcons penchant leur front modeste,

Peignaient leurs longs cheveux qui pendaient au dehors

Comme les écheveaux dont on lisse les bords.

Puis elles descendaient, nu-pieds, demi-vêtues

De ces plis transparents qui collent aux statues,

Et cueillaient sur la haie ou dans l'étroit jardin

L'œillet et le lilas tout baignés du matin;

Et les gouttes des fleurs, sur leur sein découlées,

Y roulaient comme autant de perles défilées.

Dans les autres « époques » se rencontrent çà et là des tableaux familiers, des épisodes de la vie domestique ou rurale, qui ne sont pas moins empreints de réalité. Voici comment le poète nous peint la cour attenant au presbytère de Jocelyn :

Une cour le précède, enclose d'une haie Que ferme sans serrure une porte de claie. Des poules, des pigeons, deux chèvres et mon chien, Portier d'un seuil ouvert et qui n'y garde rien, Qui jamais ne repousse et qui jamais n'aboie, Mais qui flaire le pauvre et l'accueille avec joie, Des passereaux montant et descendant du toit, L'hirondelle rasani, l'auge où le cygne boit, Tous ces hôtes, amis du seuil qui les rassemble, Famille de l'ermite, y sont en paix ensemble; Les uns, couchés à l'ombre en un coin du gazon, D'autres se réchauffant contre un mur au rayon;

Ceux-ci, léchant le sel le long de la muraille,

Et ceux-là, becquetant ailleurs l'herbe ou la paille;

Trois ruches au midi sous leurs tuiles; et puis,

Dans l'angle, sous un arbre, au Nord, un large puits

Dont la chaîne rouillée a poli la margelle

Et qu'une vigne étreint de sa verte dentelle *.

Et voici encore quelques vers, tirés du morceau sur le labourage :

La terre Çai se fend sous le soc qu'elle aiguise En tronçons palpitants s'amoncelle et se brise... Ses reptiles, ses vers, par le soc déterrés, Se tordent sur son sein, en tronçons torturés. L'homme les foule aux pieds, et, secouant le manche, Enfonce plus avant le glaive qui les tranche. Le timon plonge et tremble, et déchire les doigts. La femme parle aux bœufs du geste et de la voix; Les animaux, courbés sur leur jarret qui plie, Pèsent de tout leur front sur le joug qui les lie; Gomme un cœur généreux, leurs flancs battent d'ardeur; Ils font bondir le sol jusqu'en sa profondeur. L'homme presse ses pas, la femme suit à peine; Tous au bout du sillon arrivent hors d'haleine. Ils s'arrêtent; le bœuf rumine; et les enfants Chassent avec la main les mouches de leurs flancs -.

Sans doute les scènes de ce genre contiennent plus d'un trait qui décèle l'idéalisme de Lamartine3; mais son idéalisme instinctif ne rempêche pas d'y reproduire maints détails familiers et caractéristiques.

Chez Alfred de Musset le monde extérieur n'eut jamais une grande place. Pourtant les Conles d'Espagne et d'Italie renferment certains tableaux d'un réalisme ingénu et vigoureux. Sans parler des clas-

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