‹ Le réalisme du romantismeChapitre 110 sur 211 · Neuvième Époque · texte numérisé non relu

Neuvième Époque

3. Par exemple, dans le second des passages cités, le cygne buvant dans l'auge ne peut guère être... qu'une oie.

siques contemporains qu'y choqua la « bassesse » de l'expression, Sainte-Beuve lui-même y relève quelques trivialités1. Tel que nous le montre ce recueil, lejeune poète est, de tous les romantiques, le plus naturellement et le plus hardiment réaliste. Rien encore chez ses aînés ne pouvait se comparer pour la forte précision de la touche à telles scènes de Don Paez, à la description du corps de garde, ou bien encore à celle de la maison borgne où lejeune homme va trouver Bélisa. Elles nous rappellent ce Régnier dont il célébra le mâle génie — ,

Otez votre chapeau, c'est Mathurin Régnier 2 — ,

et qu'il pratiquait alors comme d'autres romantiques avaient pratiqué Ronsard. Si, brusquement saisi par la passion, Alfred de Musset ne fera bientôt qu'en crier les ardeurs et les souffrances, il lui arrive cependant de revenir çà et là, dans bien des pièces, à cette première veine; et jusque dans ses chants d'amour, on trouve quelquefois de courts passages où se marque le don inné de rendre les choses avec une exactitude significative.

Ce qui distingua d'abord Sainte-Beuve entre les romantiques, c'est qu'il exprimait « des détails pittoresques jusqu'alors trop dédaignés 3 ». Joseph Delorme avait pour toute distraction ses promenades, à la nuit tombante, sur le boulevard extérieur près duquel il demeurait. « Longs murs noirs, haies mal closes laissant voir, par des trouées, l'ignoble verdure des jardins potagers, tristes allées

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