Préface des Consolations
Le sensitif que trahissent chez lui maintes pièces de sa jeunesse, sera de plus en plus évincé par le pur artiste; dans Émaux et Camées, il ne veut que noter exactement les contours et les couleurs.
A Tégard de Victor Hugo, nul ne conteste son étonnante faculté de voir et d'exprimer les formes sensibles. Dès qu'il se fut dégagé des influences pseudo-classiques, les Orientales la révélèrent avec un éclat nonpareil.
Certains critiques lui reprochent d'y peindre des pays où il n'est pas allé, et, partant de là, comparent à la fantaisie de son art l'exactitude de l'art réaliste. Ainsi, sans parler des historiens, on devrait, pour être un romancier réaliste, représenter seulement des faits dont soi-même on a été témoin, des personnages qu'on a soi-même connus. Mais qui voudra cependant le prétendre? Oui voudra soutenir que Mérimée par exemple n'est pas réaliste dans sa Chronique de Charles IX, que Balzac ne l'est pas dans les romans où il met en scène des hommes de la Révolution et du premier Empire? Gustave Flaubert l'est dans Madame Bovary ; cesset-il de l'être, dans Salammbô, en reconstituant la Carthage d'Hamilcar ? Ce qui fait un écrivain réaliste, ce sont avant tout ses procédés artistiques. Si Victor Hugo, quand il écrivait les Orientales, allait souvent se promener dans les environs de Paris au coucher du soleil, et si les couleurs hébraïques, espagnoles, grecques ou turques, venaient d'ellesmêmes, « empreindre toutes ses pensées l » la plupart des pièces qui composent ce recueil n'ont pour-