Phèdre, acte I, scène m
4. Cf. par exemple cette phrase de Gil Blas : « Il me regarda longtemps avec surprise : puis il se mit à rire de toute sa force en se tenant les côtes. Ce n'était pas sans raison : j'avais un manteau qui traînait à terre, avec un pourpoint et un haut de chausses quatre fois plus longs et plus larges qu'il ne fallait. Je pouvais passer pour une figure originale et grotesque » (livre II, chap. m).
de tous ceux qui portaient un domino pareil au sien, il se fit un signe de tète afin de se reconnaître; on peut en dire autant de la parure que l'esprit revêt dans le monde; on se confond avec les autres, tant le véritable caractère de chacun se montre peu1 ». Le xvhc siècle a pour idéal cet « honnête homme » qui doit effacer son individualité propre, qui, lui-même, ne reconnaît pas ses traits. A l'individu réel l'honnête homme substitue un type factice, un personnage d'emprunt modelé sur les autres, et dont la règle est de ne penser, de ne sentir que d'après eux.
Les écrivains classiques, suivant le mot de Pascal, couvrent leur moi2. Ils ont souffert, ils ont aimé comme les lyriques du romantisme. Ils ont éprouvé sans doute d'aussi fortes émotions. Parce qu'ils les cachent, parce qu'ils ne nous en disent rien, sont-ils donc plus réalistes?
Quelques-uns, à vrai dire, expriment ce moi haïssable : Pascal tout le premier dans les Pensées, et encore La Fontaine, que Sainte-Beuve appelle le seul poète personnel du temps 3. Mais, si Pascal eût achevé et publié son livre, il en aurait sans doute retranché ou modifié bien des pages, celles-là justement où se trahissent les secrets de sa conscience ; et, quant à La Fontaine, ce n'est peutêtre pas assez de cinq ou six fables et de quelques épîtres dans lesquelles il confesse son humeur volage ou son goût de la solitude pour en faire un poète personnel.