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Pensées, édit. Havet, VI

3. « La Fontaine est notre seul grand poète personnel avant André Chénier », Portraits littéraires, t. I, p. 59.

D'autres écrivains du xvne siècle laissent plus ou moins deviner leur moi.

On peut citer notamment La Bruyère. Nous ne le reconnaissons pas seulement sous les traits de ce philosophe toujours prêt à interrompre ses méditations quand on vient lui demander conseil1. Les Caractères décèlent en maints endroits le fond de son âme, son mépris des vaines grandeurs, l'amertume secrète qu'il ressent d'une inique disproportion entre son état et son mérite, et aussi, malgré tant de portraits satiriques et de maximes chagrines, sa tendresse, sa pitié, une sympathie humaine bien rare à cette époque. Mais, lui qui écrivait « par humeur2 », lui qui « tirait de ses entrailles ce qu'il exprimait sur le papier3 », il n'en a pas moins dissimulé partout et voilé son moi; et, quoique les Caractères soient très souvent une sorte de journal intime, l'intimité de l'auteur ne s'y montre jamais à découvert.

Chez Racine, nous trouvons toutes les qualités d'un poète lyrique. Corneille, qu'il avait consulté sur Y Alexandre avant de le mettre à la scène, jugea son talent mieux fait pour le lyrisme que pour la tragédie. Et sans doute la différence des deux conceptions dramatiques peut nous expliquer en partie ce jugement; car, bien que le jeune poète, dans Alexandre, imitât encore son aîné, cette pièce laisse déjà prévoir un nouveau théâtre, âonlAndromaque, deux ans après, sera la révélation. Cependant le génie de Racine, — beaucoup moins impropre à la tragédie que ne le pensait Corneille! — se fût

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