Ibid., ibid
peut-être dans le lyrisme déployé avec autant d'éclat *. Outre les poésies de sa première jeunesse, que leur facilité un peu molle n'empêche pas d'avoir souvent un grand charme, les chœurs d'Esther et ÛAthalie suffisent à en témoigner, et surtout ces Cantiques spirituels- où la foi lui inspire de si beaux accents :
Mon Dieu! quelle guerre cruelle!
Je trouve deux hommes en moi :
L'un veut que, plein d'amour pour toi, Mon cœur te soit toujours fidèle, L'autre, à tes volontés rebelle, Me révolte contre ta loi.
L'un, tout esprit et tout céleste, Veut qu'au ciel sans cesse attaché Et des biens éternels touché, Je compte pour rien tout le reste; Et l'autre, par son poids funeste, Me tient vers la terre penché.
Hélas! en guerre avec moi-même, Où pourrai-je trouver la paix? Je veux, et n'accomplis jamais; Je veux, mais, ô misère extrême!
Je ne fais pas le bien que j'aime, Et je fais le mal que je hais.
O grâce, ô rayon salutaire,
Viens me mettre avec moi d'accord ;
Et, domptant par un doux effort,
1. La Fontaine dit de Racine et de lui-même que l'un et l'autre « penchaient vers le lyrique ». — « Il (Racine) aimait extrêmement les jardins, les (leurs, les ombrages. Polyphile (La Fontaine) lui ressemblait en cela, mais on peut dire que celui-ci aimait toutes choses. Ces passions qui leur remplissaient le cœur d'une certaine tendresse se répandaient jusqu'en leurs écrits et en formaient le principal caractère, lis penchaient tous deux vers le lyrique, avec cette différence qu'Acante (Racine) avait quelque chose de plus touchant, Polyphile de plus fleuri » (les Amours de Psyché).