‹ Le réalisme du romantismeChapitre 122 sur 211 · Composés pour Saint-Cyr, en · texte numérisé non relu

Composés pour Saint-Cyr, en

Cet homme qui t'est si contraire.

Fais ton esclave volontaire De cet esclave de la mort1?

Racine, au temps du romantisme, eût été sans doute un poète élégiaque. Mais la discipline du xvne siècle prohibait tout lyrisme vraiment personnel. Il ne chanta ni les ivresses et les violences de l'amour, ni plus tard, les douceurs du foyer domestique, les joies et les deuils de la famille. Il versa des larmes silencieuses et des prières muettes 2. Ce que son cœur renfermait de tendre et de passionné, il ne le laissa paraître qu'en peignant la tendresse d'Andromaque ou de Monime, la passion d'Hermione, de Roxane ou de Phèdre. On veut que Racine soit réaliste : l'eût-il été moins, encore une fois, s'il avait chanté ses propres émotions?

Un des grands poètes romantiques, Alfred de Vigny, ne traduit les siennes qu'indirectement. « Le mot de la langue le plus difficile à prononcer, dit-il, c'est moi5. » Quoique ne se déprenant presque jamais de sa personne, il ne la montre point de face, il la transpose au moyen d'un détour épique ou dramatique ; il l'exprime par la bouche de Moïse,

1. Plaintes d'un chrétien sur la contrariété qu'il éprouve au dedans de lui-même.

Jean Racine, le grand poète,

Le poète aimant et pieux,

Après que sa lyre muette

Se fût voilée à tous les yeux,

Renonçant à la gloire humaine,

S'il sentait en son âme pleine

Le flot contenu murmurer,

Xe savait que fondre en prière,

Pencher l'urne dans la poussière

Aux pieds du Seigneur, et pleurer.

(Sainte-Beuve, Consolations, les Larmes de liacine.)

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