‹ Le réalisme du romantismeChapitre 126 sur 211 · Les Contemporains, t. IV, p · texte numérisé non relu

Les Contemporains, t. IV, p

consiste dans « sa complaisance pour les idées communes »; « nul moins que lui, ajoute-t-il, n'a eu l'horreur de penser ou plutôt de sentir comme tout le monde1 ».

Pourtant Brunetière n'a presque jamais rien écrit sur les romantiques sans leur reprocher un individualisme « irréductible » et « bizarre ». Selon lui, ils se chantent eux-mêmes parce qu'ils croient leurs impressions « originales », et, en revendiquant la liberté de l'art, ils revendiquent le droit pour chacun d'opposer sa manière de voir, de sentir ou de penser à celle des autres2. Or, soit des romantiques en général, soit en particulier de Victor Hugo, on peut dire exactement le contraire. Dans la pièce qui ouvre les Feuilles d'automne, il se compare à un écho sonore. Dans la préface des Bayons et les Ombres, il atteste que « la profonde peinture du moi est peut-être l'œuvre la plus large et la plus universelle qu'un penseur puisse faire ». Dans celle des Contemplations : « Nul de nous, déclare-t-il, n'a l'honneur d'avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis... Hélas! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez- vous pas? Ah! insensé, qui crois que je ne suis pas toi! » Et enfin, une pièce du même recueil caractérise le poète par ce vers :

Il est génie, étant plus que les autres-homme 3.

En vérité, ce ne sont pas les grands lyriques du romantisme qui expriment un moi exceptionnel, et

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