Boileau, Dialogue des héros de romans
galanterie à la mode. Cyrus devient chez elle un Artamène « plus fou que tous les Céladons et tous les Silvandres1 »; et, dans Clélie, la carte du Tendre est, si Ton veut, une ingénieuse anatomie de l'amour, mais de cet amour factice qui, simple jeu d'oisifs, n'occupe que l'imagination et se subtilise en vaines quintessences.
Aux romanciers « idéalistes » tels que Mlle de Scudéry, Gomberville et La Galprenède, Honoré d'Urfé, l'on oppose comme réalistes les Scarron les Sorel, les Furetière; c'est confondre le réalisme avec le genre burlesque.
Ne parlons point de Scarron? Son Roman comique relève du même genre que ses farces, et la caricature y fausse continuellement l'observation de la réalité.
Mais ne peut-on en dire presque autant de Sorel et de Furetière ?
Sorel a beau déclarer que, à&nsY Histoire comique, nous voyons le monde peint « au naturel » : malgré nombre de scènes prises sur le vif, sa prétendue histoire est beaucoup moins une fidèle image des mœurs ambiantes qu'une contre-partie, une dérision de YAstrée. Quant au Berger extravagant, il veut nous y montrer, « les impertinences des romans et de la poésie2 » ; et pour les mettre en lumière, il promène par les aventures les plus bizarres un jeune sot qui se pique d'imiter Céladon. Ce livre fut appelé Y Anti-Roman; rien ne saurait mieux le caractériser.