‹ Le réalisme du romantismeChapitre 133 sur 211 · Histoire de ma vie, t. IV, p · texte numérisé non relu

Histoire de ma vie, t. IV, p

Sand ramena le roman à l'observation et à la représentation de la réalité.

Rappelons-nous où il en était lorsque parurent Indiana et Valentine. « Aucun écrivain, dit Zola dans un article de ses Documents littéraires, n'avait encore abordé franchement la vie moderne... On ne s'était pas soucié de peindre les querelles des ménages, les amours des personnages en redingote, les catastrophes banales... qui terminent d'ordinaire les histoires de ce monde. La nouvelle formule du roman était dans l'air, et elle se trouvait préparée par une transformation lente... Mais cette formule, il s'agissait de la dégager nettement... En un mot, le roman tel que nous le connaissons, avec son cadre souple, son étude du milieu, ses personnages vivants, était entièrement à créer1 ». Quoique l'article où Zola écrit ces lignes ait pour sujet l'œuvre de George Sand, c'est Balzac dont elles annoncent Téloge. Et cependant il suffirait d'y changer quelques mots pour qu'on pût les appliquer à l'auteur d1 Indiana.

Indiana sitôt parue, Sainte-Beuve disait : « En ouvrant le volume, on s'est vu introduit dans un monde vrai, vivant, nôtre, à cent lieues des scènes historiques et des lambeaux du moyen âge, dont tant de faiseurs nous ont repus jusqu'à satiété; on a trouvé des mœurs, des personnages comme il en existe autour de nous, un langage naturel, des scènes d'un encadrement familier, des passions violentes, non communes, mais sincèrement éprouvées ou observées, telles qu'il s'en développe encore dans bien des cœurs sous l'uniformité apparente et la

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régularité frivole de noire vie1 ». Et Sainte-Beuve n'est pas le seul qui rende un pareil témoignage au réalisme de George Sand. Balzac émet sur Indiana un jugement analogue; il y voit « la réaction de la vérité contre le fantastique, du temps présent contre le moyen âge, du drame intime contre la bizarrerie des incidents à la mode, de l'actualité simple contre l'exagération du genre historique2 ». Lui-même s'était d'abord fait connaître comme un rival des Ducange, des Ducray-Duménil, des Pigault-Lebrun. Sans doute il voulait ainsi gagner de l'argent, conquérir son indépendance. « Ah ! écrivait-il à sa sœur, quelle chute de mes projets de gloire! » Mais, avant de réaliser ses projets, le futur chef de l'école réaliste, qui signait alors Saint-Aubin, Viellerglé ou lord Rhoone, avait publié des romans comme Jean- Louis le Tartare, Wann Chlore, Annette et le Criminel, et, si quelques-uns de ceux qui figurent dans la Comédie humaine sont antérieurs à Indiana, c'est bien d' Indiana, « dévorée3 » par un public enthousiaste, que date « la réaction de la vérité, du temps présent, du drame intime, de l'actualité simple », en un mot la réaction du réalisme contre les fantaisies et les extravagances des romanciers alors en vogue.

Après les romans de passion, George Sand publia quelques romans socialistes. Certes, l'observation de la réalité y tient peu de place. Histoires invraisemblables, imaginées à plaisir pour glorifier les doctrines égalitaires, son socialisme naïf n'y cherche

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