Portraits et critique littéraire
3. Le mot est de Sainte-Beuve; cf. l'article précédemment cité.
qu'un thème de belles déclamations. Rien de moins réaliste en un certain sens, ou même rien de plus chimérique. Cependant, remarquons que les théories dont elle s'y fait l'interprète passionnaient la génération contemporaine; ils étaient vraiment actuels. Et surtout des romans tels que le Meunier d'Angibault et le Compagnon du Tour de France représentaient pour la première fois les « gens du peuple » dans leur existence propre. « 11 y aurait, disait-elle, une littérature nouvelle à créer avec les véritables mœurs populaires, si peu connues des autres classes ' ». Cette nouvelle littérature, s'affranchit par la suite de toute thèse. Mais, la subordonnant encore à des visées humanitaires, c'est elle pourtant, ne l'oublions pas, qui Ta inaugurée; et d'ailleurs ses romans socialistes contiennent maintes parties où la thèse préconçue n'altère aucunement la vérité des figures et des milieux.
Durant les deux dernières périodes de sa carrière, George Sand écrit des idylles rustiques, puis des idylles bourgeoises.
Si ses idylles bourgeoises marquent un retour au roman de passion, lâge l'a calmée et l'expérience l'a assagie. Plus de lyrisme, plus de revendications ardentes, de révoltes contre les lois sociales : elle ne veut maintenant que peindre la vie et les hommes, les peindre comme elle les voit; et, quoique son optimisme l'attire de préférence vers ce qu'ils ont de bon et de beau, cet optimisme ne s'en concilie pas moins avec une justesse d'observation qu'on ne trouve pas toujours chez les romanciers dits réalistes.