‹ Le réalisme du romantismeChapitre 137 sur 211 · Ibid., première partie, chap. m · texte numérisé non relu

Ibid., première partie, chap. m

rustique peut la peindre fidèlement sans faire du paysan une brute.

Après avoir montré quelle part de réalisme comporte l'idéalisme de George Sand, montrons à présent en quoi les trois principaux représentants de l'école dite réaliste, Stendhal, Mérimée et Balzac, sont bien des romantiques, et comment ils le sont par leur réalisme même.

Assurément Stendhal n'a rien de commun avec le romantisme lyrique. C'est un disciple d'Helvétius, de Cabanis, surtout de Tracy. Il manque au plus haut point d'élan et de ferveur. Son ironie n'épargne aucun des écrivains qui traduisirent les enthousiasmes ou les angoisses de la génération contemporaine; il persifle Mme de Staël, il traite Chateaubriand de phraseur solennel et creux, il trouve Victor Hugo « somnifère », Alfred de Vigny, « lugubre et niais ». Très peu artiste, il affecte de mépriser tout ce qui, dans le style, relève du sentiment ou de l'imagination, et le Code civil lui sert de modèle '.

Devons-nous en conclure qu'il n'est pas un romantique? Concluons-en qu'on peut l'être sans lyrisme. Dès le début, il se rangea du côté des révolutionnaires, les raillant parfois et les harcelant, mais afin de les « piquer d'honneur2 ». Comme eux, il opposait à Racine Shakespeare, aux conven-

1. « La Chartreuse de Panne, dit-il dans une lettre à Balzac, est écrite comme le Code civil. »

Page 1