‹ Le réalisme du romantismeChapitre 14 sur 211 · Critique de l'École des Femmes, scène vu · texte numérisé non relu

Critique de l'École des Femmes, scène vu

Nous avons changé de méthode; Jodelet n'est plus à la mode, Et maintenant il ne faut pas Quitter la nature d'un pas '.

Ce qu'on ne dit point et ce que nous verrons, c'est que, si le classicisme prétendit imiter la nature, il ne l'imita ni directement ni tout entière.

Dans l'article signalé plus haut, Brunetière, pour démontrer sa thèse, cite un ou deux passages de Bossuet.

Voici, nous dit-il, de quelle manière écrivait, vers 1660, le jeune prédicateur qui devait être bientôt la gloire de la chaire française :

On le veut baiser [Jésus-Christ], et il donne les lèvres ; on le veut lier, il présente les mains; on le veut souffleter, il tend les joues; frappera coups de bâton, il tend le dos; on l'abandonne aux valets et aux soldats, et il s'abandonne encore plus lui-même. Cette face autrefois si majestueuse, qui ravissait en admiration le ciel et la terre, il la présente droite et immobile aux crachats de cette canaille; on lui arrache les cheveux et la barbe, il ne dit mot, il ne souffle pas; c'est une pauvre brebis qui se laisse tondre. Venez, venez, camarade, dit cette soldatesque insolente, voilà ce fou dans le corps de garde, qui s'imagine être roi des Juifs; il faut lui mettre une couronne d'épine. Il la reçoit, et elle ne tient pas assez, il faut l'enfoncer à coups de bâton ; frappez, voilà la tète.

« N'y a-t-il pas là, demande Brunetière, comme force d'expression, et, remarquez-le bien, comme, force d'expression appliquée à la reproduction du détail réel, de la scène vraie, n'y a-t-il pas là du naturalisme, et du plus simple, et du plus

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