‹ Le réalisme du romantismeChapitre 15 sur 211 · Lettre à Maacroix, 12 août · texte numérisé non relu

Lettre à Maacroix, 12 août

vigoureux, et du meilleur? » Oui, sans doute, il y en a. Mais d'abord, que prouve une citation de quelques lignes choisies à dessein parmi quarante volumes? et, parce qu'il y a du naturalisme dans tel ou tel passage de Bossuet, est-ce une raison suffisante pour faire de Bossuet un naturaliste? Et puis, et surtout, Brunetière nous laisse ignorer quand fut prêché le sermon d'où il extrait ce passage; il a soin de ne pas nous dire que Bossuet le prêcha tout jeune encore, avant d'avoir subi l'influence de la discipline classique. Car, s'il nous le disait, quel argument pourrait-il tirer de sa citation? Elle se retournerait contre lui.

Au passage de Bossuet que cite Brunetière, on peut en joindre maints autres, pris également dans les sermons de sa jeunesse. Dans le sermon sur la Bonté et la Rigueur de Dieu \ lorsqu'il dépeint Jérusalem assiégé, il étale sous nos yeux « la prodigieuse quantité de corps pourris qui exhalent le venin, la peste et la mort ». Dans le Panégyrique de saint Gorgon, il ne nous épargne aucun détail du supplice que subit le martyr, comme s'il voulait, par cette affreuse description, soulever notre dégoût :

Le pauvre corps déchiré, à qui les plus doux onguents auraient causé des douleurs insupportables, est frotté de sel et de vinaigre... Mais ce n'est pas tout; la canaille cherche de nouveaux artifices... Ce sel et ce vinaigre n'ont fait que leur éveiller Lappétit; il faut, pour les rassasier, quelque assaisonnement plus barbare. Le tyran fait coucher le saint martyr sur un gril de fer tout rougi par la véhémence de la chaleur, qui aussitôt rétrécit ses nerfs dépouillés avec une douleur que je ne vous puis exprimer. Quel hor-

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