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s'attaquèrent, car ils avaient, dès le début, l'intention bien arrêtée d'y substituer le drame.
Faut-il rappeler les principaux auteurs tragiques de cette époque? On peut à peine les distinguer l'un de l'autre; et, par exemple, de Brifaut ou de Lancival, on serait bien embarrassé pour dire lequel a fait les pièces les plus froides et les plus plates. Dépourvue d'action, la tragédie pseudo-classique consiste en tirades et en récits. Ses personnages se meuvent dans un milieu abstrait. Ils n'ont pas eux-mêmes de caractère propre; ils redisent les lieux communs traditionnels, ils répètent les gestes d'usage avec une solennité compassée et mécanique. Quant au style1, ce ne sont que clichés. On imite tantôt Corneille, tantôt Racine; on croit atteindre la perfection de l'art lorsqu'on juxtapose bout à bout un hémistiche de l'un et un hémistiche de l'autre; jamais quelque expression originale ne décèle soit l'individualité d'un personnage, soit celle du poète. Aussi bien, on s'interdit, renchérissant encore sur les classiques, toute façon de parler naturelle et simple. Voici, par exemple, des vers de Racine que, dans la dernière partie du xvmc siècle, on juge malséants à la noblesse tragique :
... Crois-tu, si je l'épouse, Qu'Andromaque en son cœur n'en sera pas jalouse2?
A-t-on vu de ma part le roi de Gomagène 3 ?
Comme vous, je m'y perds d'autant plus que j'y pense *,
1. Sur la langue et le style de la tragédie pseudo-classique, cf. chapitre h.