‹ Le réalisme du romantismeChapitre 143 sur 211 · Lettre à Garrick, 14 avril · texte numérisé non relu

Lettre à Garrick, 14 avril

beth, « à faire disparaître l'impression de l'horreur ' ». Dans son Othello enfin, il ne garde, de la pièce anglaise, guère plus que le titre. Il attend le dénouement pour démasquer « l'exécrable Pézare - » ; et, de la sorte, presque aussitôt que les spectateurs connaissent sa perfidie, le châtiment du « monstre » soulage leur conscience. Craignant de montrer un nègre sur le théâtre, il donne au More je ne sais quel « teint jaune et cuivré3 ». Du reste l'Othello français, mieux appris que son noir prototype, n'étouffe point Hédelmone v, mais la perce, selon le mode classique, d'un homicide acier; et même, dans un second dénouement, réclamé par les âmes sensibles, Moncénigo l'arrête avant le coup fatal, et Lorédan lui explique la trahison de Pézare. C'est ainsi que Ducis « acclimate » Shakespeare. 11 se félicitait pourtant de son audace. « J'aime, écrit-il ingénument, à traverser les abîmes, à franchir des précipices; je sens qu'au fond je suis indisciplinable5 ». Et, nous allons le voir, il excéda souvent la mesure de ce qu'admettait alors un public français. Transformant notre régime politique et social, la Révolution devait transformer aussi nos idées et nos sentiments; mais la littérature et surtout le genre dramatique n'en subirent l'influence que longtemps après. Sous la Terreur, Marie-Joseph Chénier ressasse les tirades sacramentelles, qu'il approprie aux événements et aux passions du temps. Sous l'Empire, Népomucène Lemercier peut bien passer

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