Portraits littéraires, t. I, p
consiste à « choisir » : Racine « ennoblit tout », « ne laisse subsister que le beau », « n'admet, fût-ce en peignant ses monstres, que les plus nobles formes, les plus belles expressions des passions humaines ». « Je suis resté stupéfait l'autre jour, ajoute-t-il, d'entendre un homme de goût... qualifier Racine de prince de l'école réaliste »; et cette qualification, il la traite de contresens l.
Malgré ses fantaisies et ses divagations, sur lesquelles ce n'est pas ici le lieu d'insister, le drame ne s'en opposa pas moins à la tragédie comme à un genre dont la matière même et l'objet ne comportaient rien de réel. Imiter la nature, l'imiter aussi fidèlement, aussi complètement que possible, tel est le principe d'après lequel fut réformé notre théâtre.
Et d'abord le romantisme abrogea la règle des trois unités.
Il est vrai que les classiques se les étaient imposées en vue de la vraisemblance. Corneille, qui ne les observe pas toujours à la rigueur, en reconnaît cependant l'autorité, et il les appuie sur la raison naturelle. Car, écrit-il, la tragédie « est une imitation, un portrait » de la vie humaine; or « les portraits sont d'autant plus excellents qu'ils ressemblent mieux à l'original2 ». Concédant ou même réclamant le droit de dépasser les vingtquatre heures, il veut, préoccupé de cette ressem-