‹ Le réalisme du romantismeChapitre 150 sur 211 · Discours des trois unités · texte numérisé non relu

Discours des trois unités

blance, qu'on les dépasse le moins possible. Et pareillement il « accorderait très volontiers que ce qu'on ferait passer dans une seule ville observerait l'unité du lieu. » Mais pourquoi souhaiterait-il « que ce qu'on fait voir sur un théâtre qui ne change pas pût s'arrêter dans une chambre ou dans une salle? » « Ne point gêner du tout le spectateur », ne lui proposer que des choses « raisonnables », voilà la « maxime » d'où il part1. C'est la maxime de Boileau comme celle de Corneille :

Nous que la raison à ses règles engage, Nous voulons qu'avec art l'action se ménage, Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli 2.

Invoquant par surcroît l'exemple des anciens, Corneille et Boileau invoquent d'abord la raison pour justifier les règles du lieu et du temps; et il ne faut pas méconnaître ce qu'elles ont de fondé.

Néanmoins, quelque réaliste que soit aujourd'hui notre théâtre, aucun auteur dramatique ne songe à observer ces règles. Et qui donc, s'avisant d'en prendre la défense, ferait valoir l'argument de Boileau et de Corneille? Ce qu'on dirait, c'est que la tragédie classique leur doit dans une large mesure sa belle et forte ordonnance. Mais le genre dramatique suppose nécessairement une part de convention; en observant les unités, on ne la supprime pas. S'il est invraisemblable que l'action passe en durée le temps pendant lequel on la joue, ne l'est-il donc pas qu'elle dure vingt-quatre heures? Et, s'il est invraisemblable que la scène change d'acte en acte,

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