Art poétique, chant 111, v. 43 et suiv
l'est-il moins qu'elle représente Athènes ou Rome dans un théâtre sis au Marais ou rue Mauconseil?
Du reste, l'observation des unités entraînait maintes invraisemblances d'une autre sorte.
Pour l'unité du temps on cite souvent la tragédie de Raynouard où les Templiers, en vingt-quatre heures, sont jugés, condamnés et livrés au bourreau. Nos classiques nous fourniraient de plus illustres exemples. A peine Rodrigue revient-il de tuer le père de sa maîtresse que celle-ci le reçoit chez elle; Scudéry, après tout, n'avait pas tellement tort d'appeler Chimène une fille dénaturée. Mais que dire de tant de faits entassés dans un temps si court? Le poète nous montre Rodrigue tuant don Gormas, employant sa nuit à défaire les Mores, et, chaud encore de la mêlée, ferraillant avec don Sanche. Pourquoi ne pas remettre au lendemain le second duel? Don Diègue déclare qu'on ne saurait « différer davantage » ; on ne saurait excéder l'espace de temps réglementaire. Puis, comme le roi proteste :
Sortir d'une bataille et combattre à l'instant!
il le rassure par ces mots :
Rodrigue a pris haleine en vous la racontant l,
et, finalement, accorde une ou deux heures. Corneille se reprocha toujours « d'avoir fait dire au roi qu'il voulait que le Cid se délassât une heure ou deux après la défaite des Mores avant que de combattre don Sanche ». Il prétendait ainsi « montrer que la pièce tenait dans les vingt-quatre heures » ;