Le Cid, acte IV, scène v
et « cela ne servit qu'à avertir les spectateurs de la contrainte avec laquelle il l'y avait réduite1 ». S'il s'était abstenu de « désigner l'heure du combat », personne, écrit-il, n'eût remarqué sa gêne. Cet aveu naïf dénote l'innocent artifice dont usaient la plupart des poètes pour observer l'unité de temps sans invraisemblances trop sensibles.
De même quant à l'unité de lieu. Citerons-nous d'abord une comédie? Dans l'École des femmes, Arnolphe claquemure Agnès et n'a d'autre souci que de la tenir loin de tout commerce avec aucun homme; or la pièce entière se joue « sur une place »; et, dès le premier acte, il fait descendre la jeune fille, afin d'avoir avec elle, sur cette place publique, une conversation secrète; et, dès qu'elle remonte, voici venir Horace; et, si peu qu'elle eût tardé, Arnolphe en personne aurait dû lui présenter le galant. Mais passons à la tragédie ; les invraisemblances où l'obligeait l'unité de lieu ne sont guère moins choquantes. Pauline va recevoir Sévère dans une antichambre au lieu d'attendre sa visite. Pompée commet l'imprudence de se rendre dans une ville qu'occupe Sertorius. Tl a beau dire :
La parole suffit entre les grands courages;
son « échappée2 » ne saurait s'expliquer que par l'obligation de ne pas changer le lieu de la scène. Aussi bien Corneille triche souvent la règle du lieu comme celle du temps : eùt-il pu faire paraître l'un après l'autre Auguste et Cinna dans la même salle, Cinna déclamant contre Auguste, Auguste décla-