Cf. Boileau, Art poétique, chant III, v
Horace ou Nicomède. Quand ils ont débité un ou deux couplets, nous les connaissons entièrement, nous savons d'avance et ce qu'ils feront et ce qu'ils diront ; cinq actes durant, leur attitude, leurs gestes, leur langage demeurent identiques. Sans doute les personnages de Racine sont beaucoup plus complexes et beaucoup plus mobiles; incapables de se dominer, ils passent par des variations perpétuelles, et quelques-uns oscillent encore quelques scènes avant le dénouement. Mais cela ne les empêche pas de rester au fond immuables. Si leur passion les emporte en divers sens, on ne saurait dire qu'ils « évoluent », car c'est cette passion qui leur inspire tour à tour des sentiments et des actes contradictoires. Néron lui-même ne change point; il est le « monstre naissant1 », il l'est d'un bout à l'autre; malgré sa fausse renommée de vertu, il est un monstre dès la première scène, où sa mère prévoit en lui le parricide.
Affranchi de l'unité de temps, le drame nous montre des personnages qui peuvent non seulement se manifester, comme les héros de Corneille et de Racine, mais se développer, se modifier. Othello n'est pas aussitôt jaloux; sa jalousie naîtra sous nos yeux2. Et rappelons-nous, dans Victor Hugo, le don Carlos d'Hernani. Aux trois premiers actes, hormis quelques mots qui laissent deviner ce qu'il