Ibid
ses mains sont ailleurs1 ». Et, un peu plus loin, il regrette que les préjugés du temps aient empêché Racine de représenter à nos yeux le banquet « où l'élève de Sénèque empoisonne Britannicus dans la coupe de la réconciliation ». La tragédie ne devait parler qu'à l'âme des spectateurs et l'action s'y passait dans Pâme des personnages. Comme Boileau le dit après Horace,
Les yeux, en la voyant saisiraient mieux la chose;
seulement, la représentation de certaines choses ne paraissait pas compatible avec le caractère idéal du genre tragique :
...Il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux 2.
Et certes ces objets-là, quand on les offre aux yeux, produisent une émotion de qualité inférieure, qui n'a rien de moral ou d'intellectuel, rien de vraiment esthétique. Aussi admirons-nous à juste titre notre tragédie nationale pour la haute noblesse de sa conception. Mais elle ne reproduit pas la vie réelle; et, moins noble que la tragédie, le drame, par là même, est plus réaliste.
C'est ce qu'on peut dire aussi quant à Texolusion du comique. Victor Hugo rappelle que les Grecs, sur lesquels nos classiques faisaient profession de
1. Préface de Cromwcll. — « De graves personnages, placés entre le drame et nous, viennent nous raconter ce qui se fait dans le temple, dans le palais, dans la place publique, de façon que, souventes fois, nous sommes tentés de leur crier : — Vraiment! mais conduisez-nous donc là-bas » (Ibid.).