Préface des Lettres sur l'Histoire de France
montre comme quoi « les événements inouïs » de la Révolution et de l'Empire pouvaient servir à l'éducation des hommes de son temps. La politique avait été pour Thierry, lorsqu'il y renonça, un apprentissage de l'histoire.
Si, d'autre part, sa théorie delà race le préoccupe trop, elle se fond, dans la Conquête de V Angleterre, avec l'exposition des faits, et YEssai sur le Tiers État y apporte les corrections nécessaires en nous montrant la race gallo-romaine et la race franque assimilées l'une à l'autre dès le xe siècle. Aussi bien cette théorie provient d'une conception éminemment réaliste; reprochons-lui d'en avoir abusé, mais reconnaissons qu'elle substituait un élément concret aux hypothèses doctrinales et aux chimères métaphysiques.
Et, enfin, si Augustin Thierry ne se montre pas toujours assez sévère sur le choix des détails qui animent et colorent sa narration, il a du moins, pour la première fois, représenté la véritable figure des anciens âges. C'est dans la grande collection de nos chroniques nationales, procurée par dom Bouquet, qu'il prit conscience de sa vocation historique. « A mesure, dit-il, que j'avançais, à la vive impression du plaisir que me causait la peinture contemporaine des hommes et des choses, se joignait un secret mouvement de colère contre les écrivains modernes qui, loin de reproduire fidèlement ce spectacle, avaient travesti les faits, dénaturé les caractères, imposé à tout une couleur fausse ou indécise '. » Il laisse alors la politique pour l'histoire ; il « plante le drapeau de la réforme » ;