Préface de Du; ans d'Études Idslori^ues
il se promet de retrouver, de restituer enfin cette vérité originale, naïve, diverse, que les historiens précédents dérobaient sous les plates conventions de leur phraséologie en peignant les mêmes personnages et les mômes mœurs « quatorze fois dans quatorze siècles ». Thierry, le premier, fit de l'histoire un drame réel et actuel. Qu'il ait tort, après cela, d'emprunter à Fortunat ou à Wace des couleurs inexactes qui séduisent son imagination, et de suppléer quelquefois les textes, c'est ce que nous disions tout à l'heure. Sa méthode n'est pas celle d'un historien dûment scientifique. Mais, historien réaliste, il multiplie les traits significatifs, les détails caractéristiques, et nous rend ainsi l'image des siècles passés.
Augustin Thierry s'était d'abord attaqué aux fades et monotones compilations selon le mode de Velly; vers la fin de sa carrière, il combattit les historiens nouveaux qui, abandonnant l'analyse et l'observation, rivalisaient de]« hardiesses synthétiques » et ne voyaient plus dans « le cours des événements qu'une perpétuelle psychomachie ». « Toute histoire nationale qui s'idéalise et passe en formules, écrivait-il, sort des conditions de son essence, elle se dénature et périt >k Et, craignant que la nôtre, « après un rapide mouvement de progrès », ne soit « comme enrayée par l'affectation des méthodes transcendantes », il déclare qu'on doit « la ramener fortement à la réalité ' ». Réaliste jadis contre l'ancienne école, Augustin Thierry l'est maintenant contre ceux qu'il accuse de dévoyer l'école moderne ; nous trouvons dans ce réalisme l'unité de son œuvre