Tome II
tures chinoises, où le sol manque1. » Et ce sol n'est pas seulement le théâtre de l'action. « Par la nourriture, le climat, etc., il influe de cent manières. Tel le nid, tel l'oiseau. Telle la patrie, tel l'homme2. » Voilà, dans l'histoire, un élément nouveau, et un élément bien réaliste. Michelet n'écrivit d'ailleurs son Tableau de la France qu'après avoir visité les provinces dont il retrace la figure 3. C'est le tableau d'un grand artiste : mais l'artiste s'y assujettit au géographe; et le géographe s'y assujettit à l'historien, qui envisage les hommes et les événements comme « fruits » de la terre.
Rompant d'autre part avec Augustin Thierry pour nier, soit l'irréductibilité des races et les suites indéfinies des conquêtes, soit la prépondérance des grands hommes dans l'évolution historique, il met en pleine lumière le développement normal de la vie, le travail spontané par lequel les peuples s'engendrent eux-mêmes. « L'élément de race, dit-il, est secondaire, subordonné au travail qu'opère sur soi toute société... L'humanité se fait; cela veut dire que les masses font tout, que les grands hommes font peu de chose, que ces prétendus dieux, ces géants, ces titans (presque toujours des nains) ne trompent sur leur taille qu'en se hissant aux épaules dociles du bon géant, le peuple... Fatalisme de race et fatalisme légendaire des grands hommes providentiels, deux écueils de