‹ Le réalisme du romantismeChapitre 168 sur 211 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Dans ses carnets de voyages publiés en 1893 (Sur les chc~ mins de VEurope), on retrouve maints traits de son Histoire de France qui avaient paru des saillies d'imagination et qui étaient en réalité les notes d'un observateur prises sur le vif.

l'histoire. Je les fuyais également '. » Exposer comme quoi la France, en vertu d'un progrès continu et naturel, transforme au cours des siècles « ses éléments bruts », tel est l'objet essentiel que Michelet se propose. « Des municipes romains, des tribus allemandes, du clan celtique, annulés, disparus, nous avons tiré à la longue des résultats tout autres, et contraires même, en grande partie, à tout ce qui les précéda. La vie a sur elle-même une action de personnel enfantement, qui, de matériaux préexistants, nous crée des choses absolument nouvelles. Du pain, des fruits que j'ai mangés, je fais du sang rouge et salé qui ne rappelle en rien ces aliments d'où je le tire. Ainsi va la vie historique, ainsi va chaque peuple, se faisant, s'engendrant, broyant, amalgamant des éléments qui y restent sans doute à l'état obscur et confus, mais sont bien peu de chose relativement à ce que fit le long travail de la grande âme 2. » Et certes, ce « travail de soi sur soi » demeure quelque chose de mystérieux. Aussi Michelet ne prétend-il pas l'expliquer. Il le constate du moins, le suit à travers les âges, en indique les résultats; et il débarrasse ainsi la science de doctrines arbitraires, que démentent soit la biologie elle-même, soit l'étude objective des faits historiques.

Enfin et surtout Michelet est réaliste par sa conception de l'histoire intégrale. Chacun des historiens antérieurs se mettait à un point de vue particulier; tel considérait spécialement la race et tel les institutions. Avec lui, l'histoire devenant plus

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