‹ Le réalisme du romantismeChapitre 17 sur 211 · Lundis, t. X, p · texte numérisé non relu

Lundis, t. X, p

4. « Notre goût moderne, dit un de ses plus fervents admirateurs, ne voit pas sans quelque déplaisir cette transformation d'un Rembrandt en un Le Brun. » (Rébelliau, Bossuet, Collection des grands Écrivains français, p. 33-34.

Deux assiettes suivaient, dont l'une était ornée D'une langue en ragoût, de persil couronnée, L'autre, d'un godiveau tout brûlé par dehors, Dont un beurre gluant inondait tous les bords ' ;

el ceux-ci, dans la satire sur les Femmes :

T'ai-je tracé la vieille, à morgue dominante, Qui veut, vingt ans encore après le sacrement, Exiger d'un mari les respects d'un amant? T'ai-je fait voir de joie une belle animée, Qui souvent, d'un repas sortant tout enfumée, Fait même à ses amants, trop faibles d'estomac, Redouter ses baisers pleins d'ail et de tabac -.

Certes on ne saurait pousser le réalisme plus loin. Du reste, maints critiques ont remarqué que le tempérament de Boileau est réaliste. Et son réalisme originel ne s'accuse pas uniquement dans des satires. On se rappelle, entre beaucoup d'autres, ce couplet du Lutrin :

. . . Le prélat, muni d'un déjeuner, Dormant d'un léger somme, attendait le dîner. La jeunesse en sa fleur brille sur son visage; Son menton sur son sein descend à double étage, Et son corps, ramassé dans sa courte grosseur, Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur3.

Parfois telle ou telle épître d'un ton noble renferme quelques vers où le poète peint d'après nature une scène de la vie familière, une attitude trivialement pittoresque. Citons, par exemple, le croquis de son jardinier Antoine :

. . Mais je vois, sur ce début de prône, Que ta bouche déjà s'ouvre large d'une aune, Et que, les yeux fermés, tu baisses le menton 4.

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