‹ Le réalisme du romantismeChapitre 18 sur 211 · Epitre XI, v. 113 et suiv · texte numérisé non relu

Epitre XI, v. 113 et suiv

Quant aux alexandrins isolés qui dénotent ce goût et ce sens du réel, on en trouve un peu partout; dans les Épîtres, comme le suivant :

Quoique fils de meunier, encor blanc du moulin t ;

et jusque dans Y Art poétique :

Charbonner de ses vers les murs d'un cabaret2.

Un auteur qui, pressé d'un besoin importun, Le soir entend crier ses entrailles à jeun3.

Cependant la veine réaliste de Boileau ne se donne carrière que très rarement. Ainsi, nous avons là un poète dont la faculté caractéristique est de bien voir le monde sensible et d'en rendre une image expressive, qui ne mérite vraiment le nom de poète qu'à ce titre. 11 va sans doute prendre exemple sur Régnier. Pas le moins du monde. Et pourquoi donc célèbre-t-il la prise de Namur et le passage du Rhin? pourquoi, dans la plupart de ses épîtres et même de ses satires, choisit-il comme thèmes des généralités morales auxquelles il n'ajoute rien de son propre fonds, qu'il ne renouvelle ni par son expérience ou ses observations propres, ni par quelque originalité de mise en œuvre? C'est que la discipline du xviie siècle ne tolérait aucun réalisme. Sous l'influence de cette discipline, Boileau méconnut ou sacrifia ce que son talent avait de personnel. Et non seulement il écrivit des dissertations versifiées au lieu de peindre la nature, mais, auteur d'un Art Poétique, il y formula une doctrine en désaccord avec son tempérament, avec les qualités

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