‹ Le réalisme du romantismeChapitre 170 sur 211 · Préface de · texte numérisé non relu

Préface de

nouvelle école ne voulait que les unir et les fondre, combiner la comédie de Molière avec la tragédie de Corneille. Mais, si l'ancien théâtre, séparant la première de la seconde, en faisait du moins un genre à part, l'histoire ne lui donnait aucune place. Telle que l'entendaient les classiques, elle comptait parmi les genres « nobles » dont le moindre trait comique eût compromis la dignité. Ces bienséances conventionnelles, les prédécesseurs immédiats de Michelet, Augustin Thierry comme les autres, y restèrent soumis; lui seul osa mêler le comique au tragique. Veut-on quelques exemples? Pour le faire court, bornons-nous à deux ou trois portraits. Voici comment il peint Ronsard : « Dans une de ses tours du château de Meudon, ce protecteur des lettres [le cardinal de Lorraine] logeait un maniaque, enragé de travail, de frénétique orgueil, le capitaine Ronsard, ex-page de la maison de Guise. Cet homme, cloué là et se rongeant les ongles, le nez sur ses livres latins, arrachant des griffes et des dents les lambeaux de l'Antiquité, rimait le jour, la nuit, sans lâcher prise. Jeune encore, mais devenu sourd, d'autant plus solitaire, il poursuivait la muse de son brutal amour... Il frappait comme un sourd sur la pauvre langue française1 ». Qu'on se rappelle encore le portrait de Louis XI, celui du cardinal d'Amboise, celui de Maximilien, « grande figure osseuse, fort militaire, d'un nez monumental, don Quichotte sans naïveté, chasseur avant tout, et secondairement empereur, la jambe de cerf et la cervelle aussi2 ». Et citons enfin celui du cardinal

Page 1