Tome VII, chap. vm, p
Dubois : « Rarement on le montre de face ; les yeux sont trop sinistres, et l'ensemble trop bas. On aime mieux le donner de profil, et alors sa figure ne manque pas d'énergie. Sous une vilaine petite perruque blonde, elle pointe violemment en avant comme celle d'une bête de proie, « d'une fouine », dit Saint-Simon. Comparaison trop délicate. Il a un mufle fort, de grossière animalité, d'appétit monstrueux, qui doit en faire ou un vilain satyre de mauvais lieux ou un chasseur d'intrigues nocturnes, une furieuse taupe, qui, de ce mufle, percera dans la terre ces trous subits qui mènent on ne sait où l ».
Portraits ou scènes et tableaux, Michelet, sans souci d'un faux décorum, reproduit la réalité en ce qu'elle a de vulgaire, de trivial, de grotesque. Et il ne s'agit pas seulement de telle ou telle figure, de tel ou tel épisode; comme pour le drame romantique, c'est le ton qui, d'un bout à l'autre, n'est plus le même. Avec Michelet, l'histoire rebute les conventions d'une noblesse factice ; il nous met sous les yeux la comédie humaine.
On lui refuse le nom de réaliste parce que son imagination et sa sensibilité l'ont souvent égaré. « Mon livre, déclare-t-il, c'est moi. » Seulement, et il l'ajoute aussitôt, l'histoire fait bien plus l'historien que l'historien ne la fait. Après avoir dit : « Mon livre, c'est moi », il s'explique en disant : « Mon livre m'a créé, ce fils a fait son père2 ». Pourtant lui-même appréhende que l'identité du livre et de l'auteur ne soit dangereuse. Oui, sans doute, elle peut l'être; et, encore une fois, son imagination le
1 . Tome XIV, chap. m, p. 60. Cf. encore, même tome, p. 320-321 .