II. — LA CRITIQUE
Dans la critique comme dans l'histoire, le romantisme substitue le point de vue relatif au point de vue absolu; c'est la tirer, comme l'histoire, de la généralisation et de l'abstraction, c'est la rendre réaliste.
Nous ne parlerons pas de la critique pseudoclassique, qui se contenta de maintenir avec une jalouse vigilance les règles consacrées et de combattre toute innovation. A l'égard de la critique classique, elle avait été doctrinale; elle appréciait les œuvres selon des principes qui, fondées sur la raison abstraite, restaient par conséquent
immuables; elle imposait, en chaque genre, une forme unique de beauté.
Quelques écrivains du XVIIe siècle font pourtant exception, et nous les avons déjà nommés en parlant de l'histoire; dans le domaine de la critique, leur relativisme ne les distingue pas moins de leurs contemporains. Ce sont surtout Saint-Évremond. et Fénelon.
Saint-Évremond se plaint qu'on « veuille toujours régler des ouvrages nouveaux par des lois éteintes ». « Tout, dit-il, est changé : les dieux, la nature, la politique, les mœurs, les manières; tant de changements n'en produiront-ils point dans nos ouvrages? » Et, réservant certaines lois qui portent la marque d'une « raison incorruptible », il déclare que les autres « meurent de vieillesse, périssent avec leur nation comme les maximes de gouvernement l. » Quant à Fénelon, son admiration pour les anciens ne l'empêche pas d'admettre, aussi bien que Saint- Évremond, la relativité des règles. Contre ceux qui taxent Homère de « bassesse », il ne soutient pas, avec Boileau, qu'Homère est toujours noble; il remarque seulement que Y Iliade et Y Odyssée peignent les hommes de l'époque où elles furent écrites. Cette admiration, chez lui, n'exclut pas l'intelligence des diversités. Il reconnaît dans les Grecs un certain génie qui leur est propre, il se rend compte que leur état social et les qualités de leur race étaient tout particulièrement favorables à un genre de perfection où des nations moins jeunes et moins bien douées ne sauraient atteindre, que la simplicité de leur civilisation, leur souplesse,