Essai sur la Littérature anglaise
que le public se la représentât. Encore ne marchat-il pas entre les deux lignes : il est classique de goût, classique par son art (et même pseudoclassique en bien des points), — un classique flamboyant, si l'on veut, mais, surtout dans la dernière moitié de sa carrière, aussi classique que Boileau. Presque toutes les innovations dont le romantisme prenait l'initiative. Chateaubriand les réprouva. Il reproche aux jeunes poètes « d'entasser des scènes disparates sans suite et sans liaison, de brasser ensemble le burlesque et le pathétique, démettre le porteur d'eau auprès du monarque, la marchande d'herbes auprès de la reine » ; il proteste contre eux que « l'art d'écrire a des genres », que « chaque genres a des règles », que « les genres et les règles ne sont pas arbitraires, mais sont nés de la nature même ». Il trouve Racine « plus naturel que Shakespeare » comme Apollon l'est plus qu'un colosse égyptien; il raille « cet amour du laid qui nous a saisis, cette horreur de l'idéal, cette passion pour les bancroches, les culs-de-jatte, les borgnes, les moricauds, les édentés » ; il honnit « cette école animalisëe et matérialisée qui nous mènerait à préférer un visage moulé par une machine à notre ressemblance produite parle pinceau de Raphaël1 ». Bref, quelque réforme que la nouvelle école prétende opérer dans notre littérature, il invoque la doctrine classique contre le réalisme des novateurs.
La transformation de la critique se fit sous l'influence de Mme de Staël et non sous celle de Chateaubriand.