‹ Le réalisme du romantismeChapitre 180 sur 211 · Portraits littéraires, t. I, p · texte numérisé non relu

Portraits littéraires, t. I, p

son émotion l », c'est-à-dire selon l'impression produite sur sa sensibilité. Du reste, si l'on est impressionniste dès lors que, pour juger une œuvre, on ne s'abstrait pas systématiquement de son moi, Sainte-Beuve le demeura toujours; lui qui condamnait « les jugements de rhétorique », il ne crut jamais, avec certains dogmatistes, que le critique doive ne point « goûter » les productions de l'esprit. Dans une des Pensées par lesquelles finit le troisième volume de ses Portraits littéraires, il préconise « les jugements qui tiennent au vrai goût »; et, dans cette pensée même, il déclare tout aussitôt que « l'histoire littéraire se fait comme l'histoire naturelle2 ». Ainsi, quand Sainte- Beuve est déjà en pleine possession de sa méthode, cette méthode positive et naturaliste ne l'empêche pas de réserver au goût la part qui lui revient. Exclure le goût de la critique, ce serait n'y appliquer que la raison abstraite, et, par suite, perdre de vue la réalité.

Mais avons-nous besoin de dire qu'il n'écrit point ses articles d'après une impression rapide et superficielle? « On s'enferme pendant une quinzaine de jours avec les ouvrages d'un mort célèbre, poète ou philosophe, dit-il en 1831, on l'étudié, on l'interroge à loisir; on le fait poser devant soi... Chaque trait s'ajoute à son tour et prend place de lui-même dans cette physionomie qu'on essaie de reproduire. Au

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