Ibid., ibid., article sur Corneille, p. 29 et suiv
D'autres, bientôt, croiront rendre la critique plus exacte en y appliquant des procédés scientifiques que l'analyse morale ne saurait comporter1. Mais la méthode de Sainte-Beuve est la vraie méthode réaliste; elle l'est pour ce qu'elle accorde à la science et pour ce qu'elle lui refuse.
D'abord, Sainte-Beuve se laisse pénétrer par son modèle. Si l'on veut bien juger des œuvres d'art, on doit, suivant lui, ne professer aucune doctrine particulière, aucune théorie, afin que rien ne préoccupe l'esprit et ne le prévienne, ne l'empêche d'accueillir de prime abord avec une curiosité bienveillante n'importe quel genre de talent et n'importe quelle espèce de beauté. Quand « on a en soi une part d'art et de système », on n'admet volontiers, observait-il, que ce qu'on trouve de conforme à son point de vue, à ses prédilections personnelles. Le génie critique « prend tout en considération, fait tout valoir2 ». Et ce génie critique, essentiellement « facile » et « mobile » de sa nature, et fluide et comme transparent, il le comparait à « une rivière qui serpente* et se déroule autour des œuvres et des monuments de la poésie, va de l'un vers l'autre, les embrasse d'une eau vive et courante, les comprend, les réfléchit3 ». Selon Sainte-Beuve, le critique véritablement doué est toujours plus ou moins optimiste4. Lui-même le fut. Non point qu'il prodigue indifféremment les louanges et ne distingue pas le bon du mauvais ou du médiocre. Mais il entre de son mieux dans les