‹ Le réalisme du romantismeChapitre 183 sur 211 · Cf. l'article sur Bayle précédemment cité · texte numérisé non relu

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idées de chaque auteur, dans ses façons de sentir, dans sa forme particulière d'esprit. Il a supérieurement cette qualité distinctive du critique réaliste : la soumission à l'objet.

Réaliste en cela, Sainte-Beuve mérite encore ce nom comme ne séparant pas la nature morale de la nature physique. On sait qu'il fit d'abord sa médecine ; Guizot appelait l'auteur de Joseph Delorme un Werther carabin. Son éducation fut toute matérialiste. « J'ai commencé, dit-il, par le xvni0 siècle le plus avancé, par Tracy, Daunou, Lamarck et les physiologistes. » A quelques « expériences » qu'il pût se prêter dans la suite ou quelques influences qu'il pût subir, voilà « son fond véritable ». Et il ajoute : « Ce que j'ai voulu en critique, c'a été d'y introduire une sorte de charme et en même temps plus de réalité qu'on n'en mettait auparavant, en un mot de la poésie à la fois et de la physiologie. » Nous nous dispenserons de montrer ici quelle sorte de charme et de poésie il y a introduite; mais il ne la renouvela pas moins en y introduisant la physiologie des écrivains. Un jour, raconte-t-il, Villemain lisait devant Sieyès son Éloge de Montaigne; après avoir, dans un passage de cet Éloge, fait allusion à Jean-Jacques Rousseau, le jeune écrivain se défendait « d'arrêter trop longtemps ses regards sur de coupables faiblesses qu'il faut toujours tenir loin de soi ». — « Mais non, interrompit Sieyès, il vaut mieux les laisser approcher de soi pour les étudier de plus près. » Telle était l'opinion de Sainte-Beuve. Et du reste il ne rapporte cette anecdote qu'afin de con-

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