Ibid., t. IV, p
LE ROMANTISME DANS LA SECONDE MOITIE DU XIXe S. 279
Au théâtre, Alexandre Dumas rompit le premier avec le romantisme. On rapproche souvent la Dame aux camélias de Marion Delorme : enlre Marion Delorme et la Dame aux camélias, il n'y a vraiment d'autre ressemblance que celle du sujet. Dumas ne veut point, ainsi que les romantiques, glorifier la courtisane amoureuse. Et pourquoi fait-il mourir Marguerite? Si Marguerite vivait, elle épouserait Armand; or un tel mariage est impossible, l'ordre civil et la loi morale l'interdisent. Sa seconde comédie, Diane de Lys, ne marque pas, quoi qu'on ait pu dire, un retour vers le romantisme : nous y voyons, sur une scène où l'adultère avait toujours eu un dénouement heureux, l'amant tué par le mari. Et du reste, dans les pièces suivantes, il prend de plus en plus le contrepied des romantiques ; il oppose les devoirs sociaux à la passion. Mais la nouveauté de son théâtre vient surtout de ce qu'il imite la vie ambiante. Dans Diane de Lys, il nous peint des personnages que lui-même a directement observés, et, dans la Dame aux camélias, retraçant le milieu où se passèrent ses années de jeunesse, il montre une fille galante du Paris moderne, entourée de viveurs et de parasites. Suivant lui, les écrivains dramatiques n'ont aucun besoin d'inventer : leur véritable rôle est de « restituer » ce qu'ils voient en l'accordant avec les conditions de leur art1. Le Demi-Monde, la Question d'argent, le Fils naturel, Un père prodigue, l'Ami des femmes, toutes ses pièces de cette période représentent la réalité telle quelle. Aux sujets lointains ou légendaires, Dumas substitue le portrait des mœurs et des figures