Ibid., p
« émeute de rhétoriciens ' ». Ils ont laissé intact le vieux fond traditionnel ; chez eux comme chez les classiques, c'est toujours « le môme idéalisme et le même symbolisme », exaltés seulement et surexcités par des imaginations maladives. Ils se bornèrent à créer un nouveau style; et ce style, le naturalisme doit y substituer la langue de la science, qui rejette les grands mots, les épithètes chatoyantes, les pompeuses métaphores, qui veut exprimer avec clarté des idées claires, et non pas étaler la rhétorique de l'auteur2.
Ainsi l'école réaliste et l'école naturaliste combattirent tour à tour les romantiques en leur reprochant de ne pas assujettir leur moi à l'objet; comment nier du reste qu'elles serrent la réalité et la nature de plus près? Pourtant Gustave Flaubert, Alexandre Dumas, Leconte de Lisle, puis Zola lui-même, sont tout pénétrés de romantisme; et de là sans doute provient la meilleure part de leur talent.
Il y a deux Flaubert; si l'un « creuse et fouille le vrai », l'autre, qui préexiste au premier, reste « épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d'aigle3 ». Réaliste tout ensemble et romantique, Gustave Flaubert s'imposa son réalisme sans dépouiller pour cela son romantisme natif. Le premier ouvrage qu'il entreprit, c'est la Tentation
1. Cf. Lettre à la Jeunesse (dans le volume intitulé le Roman expérimental), p. 65.
2. Cf. notamment le Roman expérimental, p. 46-47; Lettre à la Jeunesse (dans le même volume), p. 81, 94.