Zola, les Romanciers naturalistes, p
riale1. L'Orient aussi le tenta dès son jeune âge2. Il a « la nausée » du temps présent et de l'existence moderne; il n'en voit que les mesquineries et les banalités, dont lui-même ne saurait s'affranchir. « Je me trouve très ridicule, dit-il, non pas de ce ridicule relatif qui est le comique théâtral, mais de ce ridicule intrinsèque à la vie humaine et qui ressort de l'action la plus simple ou du geste le plus ordinaire. Jamais par exemple je ne me fais la barbe sans rire, tant ça me paraît bête3. » Et encore : « La vie pratique m'est odieuse ; la nécessité de venir seulement m'asseoir à heure fixe dans une salle à manger me remplit l'âme d'un sentiment de misère * ». Son véritable domaine, c'est l'épopée et le lyrisme; tout ce qui n'est pas lyrique ou épique lui paraît vulgaire.
Maître de réalisme, Gustave Flaubert hait la réalité. « Croyez-vous donc », répondait-il en 1856 à Laurent Pichat, directeur de la Revue où Madame Bovary paraissait, « que cette ignoble réalité dont la reproduction vous dégoûte ne me fasse pas tout autant qu'à vous sauter le cœur?... J'ai la vie ordi-
1. •< J'ai rein l'Histoire romaine de Michelet. Non, l'antiquité me donne le vertige. ... As-tu pensé quelquefois à un soir de triomphe, quand les légions rentraient, que les parfums brûlaient autour du char du triomphateur, et que les rois captifs marchaient derrière? Et le cirque! C'est là qu'il faut vivre, vois-tu, on n'a d'air que là... Ah! quelque jour, je m'en donnerai une saoulée avec la Sicile et la Grèce! » (Corresp., t. I, p. 102).
2. « Quand irons-nous nous coucher à plat ventre sur le sable d'Alexandrie ou dormir à l'ombre sous les platanes de l'Hellespont? » (Corresp., t. I, p. 85-86). — On sait que Flaubert fit (1849 et 1850) un assez long séjour en Egypte, en Asie-Mineure et en Grèce.