Ibid., ibid., p
LE ROMANTISME DANS LA SECONDE MOITIE DU XIXe S. 285
naire en exécration '. » Si son horreur pour le réel ne l'empêcha pas de consacrer plusieurs années à Madame Bovary, c'est que Madame Bovary n'était point dans sa pensée un roman réaliste; il l'avait entreprise par haine du réalisme2. Les réalistes contemporains la traitèrent d'ailleurs sans indulgence; dans la Revue que publiaient Duranty et ses amis3, on en trouve une critique très sévère. A vrai dire, l'école naturaliste de 1875 considéra Flaubert comme son maître. Mais il lui fut tout aussi hostile qu'à l'école réaliste. « Comment peut-on, écrivait-il, donner dans des mots vides de sens tels que celuilà : le Naturalisme? Pourquoi a-t-on délaissé ce bon Champfleury avec le Réalisme, qui est une ineptie de même calibre, ou plutôt la même ineptie4? » Puis, lorsque Zola vient de publier son manifeste sur le Roman expérimental : « C'est énorme! Quand il m'aura donné la définition du naturalisme, je serai peut-être un naturaliste. Mais, d'ici là, moi pas comprendre5 ». Et, l'année suivante, à Zola luimême : « Je maintiens que vous êtes un joli romantique; c'est à cause de cela que je vous admire et vous aime 6 ».
Flaubert admire l'auteur des Rougon-Macquart
1. Correspondance, t. HT, p. 59. — Quelque temps après, il écrit à Mme Roger des Genettes : « On me croit épris du réel tandis que je l'exècre » (Corresp., t. III, p. 67). De même, en 1876, à George Sand : « Notez que j'exècre ce qu'on est convenu d'appeler le réalisme, bien qu'on m'en fasse l'un des pontifes » (Ibid., t. IV, p. 230).