Lundis, t. XIV, p
sorte de liberté qu'il s'agisse, la liberté, objectet-on, « se limite en s'affirmant, rencontre ses règles dans la nature des choses ». Ainsi, rien ne nous empêche « de nous alcooliser, de nous éthériser, de nous morphiniser » ; seulement, « à défaut des lois de la morale, ce sont les lois de la physiologie qui se vengent1 ». Devons-nous donc penser que les romantiques aient prétendu supprimer toute loi? Ils affranchirent l'art de conventions arbitraires, de préjugés qui ne s'accordaient même plus avec l'état social : et dès lors, à quel propos invoque-t-on « la nature des choses » ou « la physiologie »?
Mais, juste en soi, la définition donnée par Victor Hugo est incomplète et imprécise. D'abord elle ne se rapporte, lui-même nous le dit, qu'au romantisme « militant ». Ensuite, elle ne nous apprend pas comment, une fois affranchi des règles et des modèles, le romantisme usa de sa franchise.
Quand les modèles et les règles ne gênèrent plus l'art, chaque artiste put réaliser en pleine indépendance l'idéal conforme à son tour d'esprit et à son tempérament. Nous savons que les romantiques furent dès le début très divisés2. Si, après 1830, se fit une séparation que l'on pouvait depuis quelque temps prévoir3, les dissidences remontent aux ori-