Brunetière, Époques du Théâtre français, p
2. Déjà Chateaubriand et Mme de Staël, les deux grands précurseurs du romantisme, diffèrent beaucoup l'un de l'autre, ou même s'opposent par certains côtés, soit au point de vue intellectuel, soit au point de vue moral.
3. « Le flot politique vint très à propos pour couvrir l'instant de séparation et délier ce qui déjà s'écartait... Au moment où ce navire Argo qui portait les poètes, après maint effort, maint combat durant la traversée contre les prames et les pataches classiques qui encombraient la mer et en gardaient le monopole, — nu moment où ce beau navire fut en vue de terre,
gines premières du romantisme; et rien là d'étonnant, puisqu'il avait pour formule la liberté de l'art. Tous les novateurs étaient unis contre une discipline oppressive : chacun gardait par devers lui ses vues particulières et ses aspirations. « Au sein du schisme même, remarquait dès 1824 l'académicien Auger, naissent sourdement de petits schismes secondaires auxquels il ne manque qu'une occasion d'éclater1. » Cette occasion allait se produire six ans plus tard, et « l'ouragan de Juillet » dispersa les romantiques. Mais le romantisme ne s'était jamais constitué en une véritable école. Vitet le qualifiait de protestantisme littéraire2; dans le romantisme comme dans le protestantisme, il devait y avoir — quoi capita, toi sensus — autant d'hérésies que de têtes. A la discipline classique, les romantiques ne substituèrent point une autre discipline.
Pourtant nous trouvons chez tous des tendances communes ; et, par exemple, Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Théophile Gautier, si différents soient-ils l'un de l'autre, ont entre eux certaines affinités qui les rattachent à un même groupe non seulement comme adversaires du
l'équipage avait cessé d'être parfaitement d'accord ; l'expédition semblait sur le point de réussir, mais on n'apercevait guère en face de lieu de débarquement; les principaux ouvraient des avis différents ou couvraient des arrière-pensées contraires.... On en était là quand le brusque ouragan de Juillet bouleversa tout... Depuis ce moment, chaque chef, poussant individuellement de son côté, poursuit à travers le siècle, par des voies plus ou moins larges, sa destinée, ses projets, la conquête de la glorieuse Toison. » (Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. II, p. 93-95.)
1. Discours prononcé le 24 avril dans la séance solennelle de l'Institut.