‹ Le réalisme du romantismeChapitre 20 sur 211 · Épître à Huet · texte numérisé non relu

Épître à Huet

— La Bruyère publie son livre sous le couvert de Théophraste comme La Fontaine avait publié son premier recueil sous le couvert d'Ésope, et, non moins dévot aux Grecs et aux Romains, affirme « qu'on ne saurait rencontrer le parfait que par leur imitation \ ». — Pour ce qui est de Boileau, rappelons seulement avec quelle candeur il justifie les règles de son Art poétique en invoquant l'autorité d'Horace, et s'étonne après cela qu'on « ose » les discuter2.

Or l'imitation des anciens ne devait-elle pas forcément, chez de si respectueux disciples, gêner ou contrarier celle de la nature? Trop souvent les classiques ne virent la nature qu'à travers les auteurs latins et grecs.

Je sais bien ce que l'on dit, ce que disaient déjà au xvnc siècle les théoriciens du classicisme. Boileau notamment justifie son admiration des chefsd'œuvre antiques en alléguant que, tenus pour chefs-d'œuvre depuis deux ou trois mille ans, ils n'ont pas mérité cette longue et constante renommée, comme peut-être les écrits modernes, par de faux brillants ou par un tour d'esprit à la mode, qu'ils s'accordent avec ce que la nature comporte de permanent et d'universel3. Cette remarque n'est point sans valeur lorsqu'on veut prouver l'excellence des anciens. Mais il s'agit maintenant de tout autre chose; il s'agit de se régler sur eux.

Si les écrivains de l'antiquité ont excellemment rendu la nature, de quel droit en inférer que ceux du xvir siècle devaient les prendre pour modèles?

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