Les Romanciers naturalistes, p. 126, 312, etc
chose de mystique); seulement, au lieu d'en préconiser les observations minutieuses et les patientes enquêtes, il la célèbre maintenant comme l'ouvrière de cette vérité et de cette justice qu'ont trop longtemps offusquées l'erreur ou le mensonge, mais qui vont tôt ou tard briller sur le monde et en renouveler la figure. Lorsque Zola publiait les Bougon- Macquart, Gustave Flaubert le qualifiait de romantique ; et qu'est-ce donc qu'il aurait dit en lisant les Quatre Évangiles*!
Si romantiques que puissent être, par leur génie même, les principaux représentants du réalisme et du naturalisme, la doctrine réaliste ou naturaliste ne s'en ramène pas moins à la conception d'une littérature scientifique, ayant pour seul office de reproduire la réalité, la nature, avec autant d'exactitude que possible.
Leconte de Lisle recommandait l'union de la science et de la poésie; tel est le thème capital du retentissant manifeste qui précède son premier recueil. Alexandre Dumas, non seulement dans ses préfaces, mais jusque dans ses pièces, affecte le langage d'un physiologiste quand il fait la description des mœurs, le langage d'un thérapeute quand il prétend les guérir1. Dès 1852, Flaubert dit :
1. « On choisit, lorsqu'on traverse ce monde et qu'on a la volonté du bien, un point quelconque, où se manifestent d'ailleurs, car ils sont visibles partout, les symptômes de l'imbécillité quasi universelle. On y devient incessamment attentif, et on la combat en apportant à la masse des observations déjà acquises les observations nouvelles que l'on a pu faire. On particularise son action avec chance toutefois d'étendre peu à peu
LE ROMANTISME DANS LA SECONDE MOITIE DU XIXe S. 297
« Plus il ira, plus l'art sera scientifique J » ; et, un an après : « La littérature prendra de plus en plus les allures de la science2 ». Cette théorie, l'école proprement naturaliste la précisa. Zola montre en détail comment l'artiste applique les procédés du savant, et, pour exposer son programme, il ne trouve rien de mieux que de répéter Y Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, parue cinq ou six années avant le premier tome des Rougon- Macquart, en remplaçant le mot de médecin par celui de romancier.
Mais peut-on vraiment, comme le veulent les réalistes et les naturalistes, identifier la littérature et la science?
Certes, entre la science et la littérature, il y a d'intimes rapports. Il y en a entre la science et la poésie elle-même; et lorsque, par exemple, devant une scène de la nature, un poète exprime ses émotions, il se la représente nécessairement selon les données de la physique contemporaine. Aussi bien, presque tous les genres littéraires comportent une part de notation et d'analyse. Le romancier, l'auteur
son domaine. C'est le procédé scientifique appliqué à l'ordre moral... Français, ayant à parler surtout à des Français, pour commencer, j'avais à savoir ce que des âmes françaises donnent, dans leurs combinaisons avec leurs lois et leurs mœurs particulières. Je résolus de solliciter la production des faits que je voulais observer quand ils ne se présenteraient pas tout seuls, et de tâcher d'en assigner la loi, d'en déterminer les causes et de reconnaître la manière dont ces causes agissent, ce qui est la véritable méthode d'expérimentation ». (Lettre à M. Cuvillier- Fleury, en tête de la Femme de Claude).